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Grands Reportages

Émission tournée lors du Festival Grand Bivouac d’octobre 2013 où Patrice Franceschi présentait le film « Raïba et ses frères » qui fait référence au retour de l’écrivain-aventurier chez les Mentawaï en début 2013.


Extrait de l’entretien –

« Pierre Bigorgne : Patrice, à quoi carburez-vous ? Quel est votre moteur ?
Patrice Franceschi : Le moteur, le mien, c’est la vie, tout court.

Regardez autour de vous. La vie nous offre une multiplicité infinie de puissance de vie, dans tous les métiers, les rencontres, etc.
L’obligation du choix m’a toujours déplu. Le choix, c’est dire non à des tas de choses. Donc j’ai essayé de mener plusieurs vies à la fois pour vivre intensément et passionnément et essayer d’être fécond. Car toute aventure qui ne donne rien que pour vous-même, c’est à dire s’il n’y a pas derrière une création (pour moi c’est la littérature, ce sont les livres), ça ne sert à rien au bout du compte. Vous vous retournez après 10, 20, 30 ans et qu’est-ce que vous voyez ? Des souvenirs. C’est sympa les souvenirs mais c’est comme la nostalgie, il ne faut pas s’attarder dessus.

Ce qui m’intéresse c’est la littérature. C’est le lien consubstantiel entre écriture et aventure. Et c’est ça mon moteur : écrire et vivre des aventures. C’est le moteur que j’avais quand j’avais 8-10-12 ans parce que c’était ça que je voulais faire. J’ai commencé à 18 ans et je pense que le vrai bonheur, c’est l’adéquation entre ce que l’on a voulu faire et ce que l’on fait vraiment. Et à partir de là, le moteur va tourner comme ça assez longtemps.
(…)

Pierre Bigorgne : En 2001, vous avez perdu au cours d’un naufrage un fantastique bateau, La Boudeuse n°1. Comment fait-on pour se remettre d’un tel évènement ? C’est possible de s’en remettre ?
Patrice Franceschi : C’est tout à fait possible pour une raison très simple.

D’abord, je ne suis pas matérialiste. J’ai décidé depuis toujours d’habiter dans mes livres, dans mes amours, dans mes amis et dans rien d’autre. Donc un objet que je peux perdre, je suis déjà préparé à le perdre. Ce n’est pas un problème.

Deuxièmement et surtout, c’est le plus important, les navires pour moi, ce ne sont pas des bateaux. Ce sont des porteurs d’âmes, de rêves et de projets. Et la Boudeuse, la Jonque, portait ces projets. Après le naufrage, à peine sorti de l’eau, recueillis par ce cargo italien, j’ai fait comme d’habitude : briefing à bord, (mais cette fois-ci trempé avec le gilet mais dans les 10 min) pour dire « Bon, nous avons perdu notre navire, mais l’âme de ce navire va migrer dans un autre navire. Et il portera sur sa coque le symbole de cette migration, les dragons peints qu’il y avait sculptés sur la Jonque. »
(…)

Et cette poursuite des choses à travers différents objets, cet exercice mental et psychologique qu’il faut faire pour justement s’en sortir le mieux possible fait qu’au fond les choses se passent mieux peut-être. Parce que de toute façon vous avez vécu une expérience aussi extrême, celle d’un naufrage. Parce qu’un naufrage, c’est une expérience extrême, avec la satisfaction qu’il n’y ait pas eu de mort et que c’est comme tous les échecs, comme tous les drames, comme toutes adversités, comme toutes les infortunes de la vie, quelque chose qui doit vous construire et non pas vous détruire.

Si vous avez ça en vous dès le départ, vous pouvez faire beaucoup de choses. Si vous pensez que vous ne pouvez pas agir parce que l’échec est possible, vous ne faites rien et l’échec ne vous sert à rien et s’il arrive il vous le détruit. Moi, j’ai eu plein d’échecs dans ma vie, en pagaille, pour moi c’est des choses qui m’ont forgé, bâti, construit. Il faut les surmonter, il faut évidemment les dépasser et puis après les choses se passent très bien.

Et finalement, si je n’avais pas fait ça, il n’y aurait pas le trois mâts La Boudeuse aujourd’hui, il n’y aurait pas eu le tour du monde fantastique qu’on a fait, il n’y aurait pas la suite. Donc je pense qu’il faut dire aux gens que la plupart du temps, l’échec est quelque chose qui peut être très bon, et qui ne doit pas faire que l’on s’arrête d’agir. »

A lire aussi : Mentawaï

Published inAventureEsprit d'AventureL'Esprit de Bougainville (Jonque)

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