Eh oui, j’avais souvent médité sur ce sujet, non sans parfois éprouver un violent désir de modeler un jour, moi aussi, le réel, de devenir un homme d’action sérieux et responsable, au lieu de continuer de me consacrer uniquement à l’esthétique et aux arts spirituels. Cependant, je finissais toujours par me résigner, par me soumettre à la fatalité. Les grands généraux et les patrons de l’industrie lourde avaient parfaitement raison : il n’y avait rien à faire avec nous autres, « intellectuels » ; nous représentions un groupe de brillants bavards parfaitement inutiles, étrangers à la réalité et dépourvus de tout sens des responsabilités. Pouah ! Un rasoir !
La tête emplie de ces réflexions et de l’écho de la musique, le cœur alourdi par la tristesse et le désir désespéré de vivre, de retrouver la réalité, un sens, une époque irrémédiablement perdue, j’étais finalement rentré chez moi.
Hermann Hesse, Le loup des steppes
p200 – Le livre de poche – Edition 19 – Août 2013
Un peu du sentiment éprouvé par Caps de retour du Café Littéraire du Festival Quais du Départ, ce 22 novembre 2014 .
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