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Le bout de la route

Depuis quelques jours, ma Grand-mère s’enfonce inexorablement.

Au regard de son état critique, les soignants ont appelé ses filles à son chevet jeudi soir.

Pas des jours, mais des semaines, des mois qu’elle perd peu à peu en conscience et en autonomie, jusqu’à ne plus reconnaître les siens, comme si son cerveau de 96 ans redevenait enfant.

Mummy et ses sœurs sont parfois choquées des réactions virulentes et violentes de leur douce mère.

Même si ma mère comprend que l’amygdale est surpassée et que le cortex préfrontal ne fait plus son office de filtre social, les comportements inhabituellement agressifs de leur propre mère les heurtent chaque fois.

Les années d’assistance publique de son enfance abandonnée remontent comme si, cette fois, elle pouvait se révolter, refuser, voire insulter le personnel.

Elle se sent toujours prisonnière.

Forte et combative, elle lute chaque jour.

Cependant, il est fort probable que ce qui la retient encore est la peur, la peur de mourir, la peur de l’inconnu, du vide.

Notre respiration se raccourcit depuis un peu plus de deux jours, espérant que la souffrance qu’elle paraissait ressentir s’évanouisse.

Autant de façon de mourir que d’individu.

Sous morphine depuis hier soir, son immobilité déroutante interpelle tout le monde, les soignants comme ses filles.

Comment le souffle de vie s’attache-t-il à un corps ?

Le seul rôle que je puisse endosser est d’être le miroir bienveillant des comportements de ma propre mère, afin de l’aider à traverser du mieux possible cette épreuve inexorable.

Mummy s’attache à l’action et cogite déjà quant à l’organisation de l’après.

Je respecte sa façon de gérer la situation.

Cependant, même si elle a déjà accepté la mort, la petite fille en elle a besoin de se préparer à la réelle perte de sa maman.

Prendre le temps de revenir sur le passé et se poser pour revivre leur relation en pensée afin de la laisser partir.

Or, éviter de penser ne fait que repousser l’échéance du chagrin qui devra sortir sous une forme ou une autre.

Et il y a des biais bien plus souhaitables que la maladie.

Certes, chacun a sa façon d’appréhender la peine, mais nous savons tous qu’après une phase sous adrénaline, si elle ne se pose pas maintenant, Mummy tombera au fin fond, sachant qu’elle ne dort déjà plus depuis plusieurs jours.

Ma ‘Mémé’ est un exemple de résilience incroyable, au regard de son histoire personnelle.

Née au surlendemain de la première guerre mondiale, elle a vécu les affres d’un siècle fou.

Je t’aime.
Pars en paix retrouver ton amour de toujours.

Illustration : Carte ancienne de Bordeaux voyagée le 21-08-1920

Published inAu fil des jours...Le Clan

3 Comments

  1. bulle bulle

    Avec ce que tu notais , pour tous, et en premier pour elle, c’est une délivrance.
    pense aux beaux moments que tu as pu vivre avec elle et tu sais bien que les gens aimés nous accompagnent pour toujours.

  2. Merci Bulle.
    Notre Grand-Mère est morte ce 13 mars 2017 au matin.

  3. bulle bulle

    Je pense à toi ……………….normalement la grand mère est celle à qui on peut tout confier……

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