Nous retrouvons le calvaire de la marche. Les pauses s’allongent démesurément. Nous touchons les limites de l’épuisement et de l’inanition.
Devant les obstacles, l’équipe se resserre et fait bloc contre chaque adversaire. Dans une telle épreuve, c’est la condition absolue à la sauvegarde de chacun. Il faut toujours soutenir celui qui défaille un instant ou succombe à un soudain « coup de pompe ». Il faut soigner celui qui se blesse, partager la nourriture, établir les corvées d’eau, de feu, de bois mort …
Chaque difficulté raffermit notre amitié. Mais les réactions de chacun étant différentes de ce qu’elles sont en temps normal, l’équipe aurait probablement éclaté si nous n’avions pas eu l’habitude de vivre ensemble. Il faut apprendre à supporter les petites manies du camarade, ses habitudes, ses défauts. Comprendre telle défection à une corvée pas lassitude momentanée, telle parole acerbe due à l’exaspération d’un instant.
Et puis nous avons au moins la satisfaction d’en apprendre plus sur soi-même qu’en vingt ans d’existence sédentaire ! Une énorme consolation.
Patrice Franceschi, Au Congo jusqu’au cou, 02-10-1975
c’est une belle leçon de tolérance, le nombrilisme étant écarté dans l’esprit d’équipe