C’est en Asie, il y a 10 ans, que Patrice Franceschi a commencé à concrétiser son aspiration à suivre la trace de Bougainville.
Juin 1999, Port de Kompong Som, Cambodge, à 250 km au sud de Phnom Penh, la réplique d’une jonque de guerre du 19ème siècle, construite en 1991, est amarrée. Le navire qui servait à faire du nolisé dans les mers des Phillipines et de Chine à été dégoté par Hurlin un équipier de Franceschi. Après un an et demi de travaux, le Song Saïgon devient La Boudeuse en référence à la frégate du 18ème siècle de Louis Antoine de Bougainville.
Patrice Franceschi désire parcourir les îles de l’Insulinde explorées au 18ème siècle par Bougainville. L’expédition intitulée tour à tour «A la découverte des îles oubliées de l’Insulinde» et «L’Esprit de Bougainville» est une véritable expédition maritime s’appuyant sur un voilier ancien pour le cachet, mais modernisé pour affronter les pires navigations en toute sécurité. Elle porte les hommes pour les explorations à terre.
« En France, ou dans divers pays européens, je suis parfois perçu comme un aventurier d’un autre siècle, dit-il, les aventuriers d’aujourd’hui étant plutôt des sportifs qui font des exploits. Moi, ce sont les belles histoires qui m’intéressent. Je suis curieux, j’ai des rêves, et je veux découvrir le monde à ma manière. »

Le bateau de 30m est magistral et la bibliothèque du bord compte plus de sept cents livres. La traditionnelle « pagode », sous laquelle est placée la cabine de navigation a été conservée mais la jonque a été recalfatée et lestée de 14 tonnes de fonte. C’est dans un décor d’herbes folles et de conteneurs luisant sous le soleil, que les ouvriers locaux, les spécialistes de vieux bateaux et les charpentiers de marine ont muni le navire de trois mâts en acier supportant des voiles modernes toutes vermillon, de bômes en aluminium, de winches, d’un moteur (Baudoin issu d’un bateau d’Alain Colas) de plus de 220 chevaux, d’un dessalinisateur pouvant produire 200 litres d’eau douce par heure, de six GPS, de radars, sondeur, etc … L’autonomie du navire est alors portée à 90 jours.
Le seul métal vraiment apparent est celui des plaques posées sur les côtés et destinées à arrêter les balles d’éventuels agresseurs pirates. Les cabines sont spartiates mais entièrement en bois, comme la superbe barre.
En relief, des dragons aux dents blanches et à la crinière couleur sang courent de chaque coté de la proue sur le bois noir de sao.
Le 12 Juin 1999, un vieil achar d’une pagode voisine monte à bord pour remettre au capitaine un Bouddha doré, pour que les vents et les courants soient favorables au navire. La Boudeuse est aussi bénie par le père Venet, le prêtre de Sihanoukville, missionnaire de la Société des Missions Etrangères de Paris installé au Cambodge depuis 1946 et la bouteille de champagne éclate sur l’étrave.

Toujours fidèle à l’esprit humaniste, Franceschi résume ainsi la philosophie de l’expédition : « Nous voulons surtout retrouver l’esprit du Siècle des Lumières, qui fut aussi celui des grandes découvertes, et renouer avec l’humanisme scientifique qui caractérisait cet homme d’exception. Bougainville était en effet le seul explorateur du 18ème siècle qui alliait science et littérature »
«L’originalité du projet c’est avant tout d’associer le goût de l’exploration « à l’ancienne » et la rigueur scientifique. J’aimerais montrer qu’à l’aube du troisième millénaire, la terre reste encore à découvrir et que c’est passionnant, exaltant. Le message de Bougainville était marqué par l’humanisme et l’esprit encyclopédique. Pour nous, cette aventure sera aussi un message d’espoir.»
«Ce sera une aventure, une expédition scientifique mais également autant que possible un voyage littéraire et esthétique»
«Je crois que nous avons perdu la quête de l’absolu et le panache qui caractérisaient les expéditions des autres siècles. Nous sommes dans un monde très mercantile, un monde comptable. Ce qui compte, c’est l’exploit, c’est l’atteinte du sommet. Moi, je veux redonner un souffle de vie à une autre façon d’appréhender l’aventure. Une aventure plus humaine, plus ludique aussi. »
Pour ce faire, l’équipage sera constitué d’une vingtaine d’homme et femme. En plus de l’équipage (Philippe Gélinet, Christophe Kerneau, Marc Bonguardo, Loïc Hilaire, René Guermeur, Gérard Maury, Delaroche, Ségolène Chateau, Vladimir De Gmeline, Gérard Bordeleau, Giao N’Guyen, Patrick Rondel, Sophie Mousset, Bruno le cuistot, etc) se relaieront à bord au cours des escales, des scientifiques et spécialistes du Museum National d’Histoire Naturelle, du Musée de l’Homme (Lucile Allorge), du CNRS, de l’EHESS, des Universités Parisiennes (Olivier Archambaud, géographe à la Sorbonne, actuellement president de la Société des Explorateurs Français), sans oublier écrivains (Jean-Claude Guilbert …) et cinéastes (Philippe Pothon …), etc.
Plus des jeunes sélectionnés en Bourgogne et en Corse, invités à bord «pour leur montrer que la vie vaut la peine d’être vécue, autrement, de manière positive, pour leur proposer une vision différente d’un monde trop souvent morose et pour qu’ils puissent témoigner auprès de leurs camarades, de retour en France»
Au bout du compte 120 personnes auront navigué sur la Jonque La Boudeuse.
Prévu initialement pour le début de l’année 1999, son départ sera repoussé pendant de longs mois, en raison de questions techniques imprévues ou de lenteurs de la bureaucratie cambodgienne afin d’autoriser l’ouverture des conteneurs envoyés de France.
La Boudeuse largue les amarres de Sihanoukville en direction des archipels de l’Insulinde, le 27 Juin 1999
Au programme de l’expédition …
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« La Boudeuse » , dans !e sillage de Bougainville, Arnaud Roux, 13-06-1999
A la redécouverte de l’Insulinde.Deux cent trente ans après Bougainville, LEAUTHIER Alain, 04-05-1999
Faune, flore, grottes et volcans. Une trentaine de scientifiques se relaieront sur la jonque pendant un an., LEAUTHIER Alain, 04-05-1999
« La Boudeuse » prêts à laquer les amarres, Cambodgesoir.info, 22-06-1999
Jonques et Gréement de jonque., Mandragore II
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