Chacun d’entre nous est constitué d’une somme plus ou moins limitée de possibles dont la plupart, sans doute, ne seront pas explorés. Les circonstances extrêmes amènent certains à découvrir d’eux-mêmes, pour le meilleur et parfois le pire, ce qu’ils ignoraient ou ne faisaient que pressentir. C’est jeune, lorsqu’on draine encore certains des rêves de l’enfance nourris d’images et de récits qui fondent l’imaginaire, qu’il faut tenter de réaliser les plus risqués. L’adolescence est l’âge de la rupture, pour ceux qui sont armés de courage, de soif de découverte du monde et de soi.
A mes yeux, cette rupture s’opère par le voyage, école du monde, comme la chasse est celle de la guerre. L’aventure est inscrite dans ce premier voyage solitaire, celui du risque assumé. C’est le coup d’essai lorsque l’enthousiasme l’emporte sur l’appréhension, lorsqu’on commence à prendre connaissance de soi-même, de ce qu’on peut, de ce qu’on aime -et qui permet à chacun, par la suite, de choisir son chemin mieux armé.
Gérard Chaliand, L’Aventure pour quoi faire ?
(Points – Aventure, Avril 2013, p52)
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