Pendant de nombreuses années, il y a eu une scission familiale entre mon frère cadet (je suis la benjamine) et le reste de la famille.
Suivre le fil ‘Fils Prodigue’ pour rattraper les épisodes manquants, au besoin.
Nous en avons tous foncièrement souffert.
Du temps où j’appelais ce frère ‘Psychopathe de Frère’ – terme que m’avait soufflé Alphard à l’occasion d’une bonne bouffe dans un bouchon lyonnais.
Il reste de cette période un profond sentiment de gâchis et des preuves (ce qui est bien plus triste encore).
Nous n’avons pas revu ses enfants Les Etrangers de Sang depuis plus de 3 ans.
Un jour, après près d’une dizaine d’années, il est revenu vers nos parents.
Ils ont eu la sagesse de ne pas aborder les causes de la brouille, de ne demander aucunes explications, de l’accueillir doucement tel qu’il est devenu.
Faut pas déconner, moi, j’ai eu besoin de lui demander des comptes … qu’il était incapable d’énoncer.
J’ai mis ma peine et ma colère dans ma poche, juste pour ne pas affadir la joie de mes parents. Cela me coutait pourtant énormément. J’étais d’ailleurs assez agacée de le voir accueilli comme Le Fils Prodigue.
Je lui en voulais d’avoir poursuivi une stratégie tragique qui conduisit à faire de mes neveux, des Etrangers de Sang pour moi, pour mes enfants mais surtout pour mes parents, leurs propres grands-parents.
C’est uniquement par amour pour mes parents que j’ai cherché comment évoluer vers le pardon envers mon frère.
C’est le moment où Matthieu Ricard m’a apporté un précieux éclairage.
Je vous en parlais dans Quand le pardon libère la poire …
« Le pardon ne consiste pas à pardonner l’acte commis, mais l’imperfection qui réside en chacun de nous. Il implique la reconnaissance d’un potentiel de changement. Même si la personne ne manifeste aucun regret et ne semble pas disposée à changer, le pardon revient à reconnaître que l’auteur du délit est en fait très malade en son esprit et en son être. Il faut alors le regarder comme un médecin considère un aliéné mental, avec soin et avec prudence, mais sans la moindre haine. »
Grace à cette nouvelle vision (un rien condescendante, je vous le concède) j’ai petit à petit réussi à mieux me mettre en lien avec son besoin caché derrière la tragique stratégie dont ce frère avait usé toutes ces années.
Comme si c’était magique, mon ressentiment intérieur s’est éteint, laissant place à beaucoup de distance au début puis de compassion dont je ne me serais jamais cru capable.
J’ai commencé à voir les efforts qu’il faisait pour nouer des liens (surtout avec mes enfants). J’ai commencé à échanger avec lui plus sereinement.
Oh, soyons honnêtes, nous ne serons plus jamais cul et chemise. Je marche toujours un peu sur des œufs en sa présence. Mais je n’ai plus d’hostilité envers lui et j’ai cessé de souffrir.
Tombant aujourd’hui sur l’approche d’Isabelle Padovani à propos du deuil d’une relation fraternelle, je découvre combien la CNV aurait pu m’aider dans mes temps troubles de peine inconsolable et d’impuissance.
Je suis finalement passée instinctivement par les étapes qu’elle décrit. Ça a juste été un peu long.
C’est pourquoi, je partage avec vous cette vidéo de 33 min qui pourrait bien aider ceux qui passent aujourd’hui par une telle relation chaotique.
Et puis parce qu’ils ne reviennent pas tous,
avec le temps et les épreuves de la vie.
Aujourd’hui, je devrais bien visiter certaines amitiés de cette façon.

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