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William Newton « Bill » Lancaster – Aviateur perdu dans le Sahara

Les restes momifiés d’un pilote étaient étendus au milieu du fuselage de l’aile qui lui avait fourni un peu d’ombre. Séché par l’air du désert, la peau de son corps était comme parcheminée et incrustée de sable. Au dessus du sourcil droit, une coupure due au crash pouvait encore se voir. Le bras gauche sous le corps, le bras droit replié, la main près de la gorge, le corps semblait momifié, dans un état de conservation remarquable. Les vêtements étaient encore reconnaissables.

Sur un carnet de carburant relié en cuir, était inscrit le message suivant :
« So the beginning of the eighth day has dawned. It is still cool. I have no water…. I am waiting patiently. Come soon please. Fever wracked me last night. Hope you get my full log. » Bill

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L’épave du « Southern Cross Minor »

« L’aube du huitième jour s’est donc levé. Il fait encore frais. Je n’ai pas d’eau …. J’attends patiemment. Viens vite s’il te plaît. Je fus en proie à la fièvre la nuit dernière. J’espère que tu auras mon journal au complet. » Bill

L’épave fut découverte par un peloton motorisé du groupement saharien mixte du Touat de l’Armée Française, le 12 Février 1962, 29 ans après les derniers mots de Lancaster. Lors de cette patrouille de routine à travers le Sahara, les français découvrirent les débris de l’avion à 70 km à l’ouest de la piste  transsaharienne (que l’on a longtemps appelé la piste impériale n° 2 (Oran – Gao)), à hauteur du P.K. 296 sud de Reggan, dans le Tanezrouft, au cœur d’un désert, que même les bédouins évitent. Ils appellent cela le « Pays de la Soif ». Afin de survivre à cette brûlante chaleur déshydratante, une personne a besoin de 7,5 litres par jour.

Seule restait la carcasse du petit biplan monomoteur, parce que le pilote avait arraché la toile pour faire des torches.

« Fin du 5ème jour, c’est-à-dire 6 h 45 de l’après-midi du 5ème jour. Le SOUTH CROSS MINOR n’a pas grande allure maintenant. J’ai dû arracher beaucoup de toile pour faire des torches. Aussi, il est comme un pauvre canard au dos brisé avec beaucoup de plumes manquantes… « 

Gravement endommagé durant l’atterrissage catastrophe, l’avion était retourné sur le dos. Enveloppés dans un tissu étaient attachés, à un montant de l’aile, le journal de bord de l’avion et d’autres documents, notamment un passeport et un étui contenant la photo d’une femme souriante portant un casque de vol et des lunettes.

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E. Hodges, ‘Chubbie’ Miller and Captain Bill Lancaster, Darwin, Australia, 1928

Une brève inspection révéla que le pilote décédé était le capitaine William Newton Lancaster (ancien pilote des Australian Flying Corps), qui avait disparu en 1933 alors qu’il tentait de réaliser un record de vitesse entre Londres (UK) et Le Cap  (Afrique du Sud) à bord d’un petit biplan monoplace « Avro » à moteur « De Havilland » : le « Southern Cross Minor ».

Voilà ce qu’écrit le lieutenant français François MOPPERT (1), chargé de l’enquête en rapport avec l’épave retrouvée en 1962 dans le désert de Tanezrouft :

« Du jeudi 13 avril au jeudi 20 avril 1933, date de sa mort, Bill Lancaster avait noté ses pensées, à l’intention de sa mère et de sa fiancée, décrit son état d’âme et les étapes de sa lente agonie tout au long des jours de cette interminable semaine : espoir d’être secouru, soif, désespérance, sérénité …

(…) Tout se passe bien d’Oran à Reggan. Puis, la nuit tombe au moment où il « attaque » le Tanezrouft. Il est alors obligé de voler au compas. Soudain, le moteur a des ratés. L’appareil perd de l’altitude. Le « South Cross Minor » heurte le sol dans l’obscurité totale, « fait un bond de 50 yards (91 cm), heurte à nouveau » puis capote et se retourne.

(…) Les étapes de son agonie sont perceptibles.
* Les deux premiers jours, c’est l’affolement : Il écrit la moitié de son message. « Je ne veux pas mourir, je veux désespérément vivre. J’ai l’amour d’une bonne maman, et papa, et une fiancée… »

* Le troisième jour, il est fataliste : c’est « le hasard du jeu » qui l’a mené ici. Il n’écrit qu’une seule page.
* Les quatrième et cinquième jours, c’est la résignation. Il rédige un rapport technique sur son accident. « Je suis résigné à mon destin. Je me rends compte que je ne serai pas sauvé, à moins d’un miracle. »
* Le sixième jour, l’accablement ne lui permet plus d’écrire qu’une petite page entre 6 et 11 heures du matin, « Je vais m’attaquer aux 6 heures d’enfer… »
* Le septième jour est marqué par un désespoir lucide. Il écrit trois page : « Maintenant, mon eau sera finie aujourd’hui. Je ne durerai pas beaucoup plus longtemps… » Il attache son message à l’aile de l’avion, soigneusement enveloppé dans de la toile arrachée à la carcasse. « Au revoir, et que Dieu soit avec vous… S’il y a un autre monde, et s’il y a quelque chose après ceci (et je sens qu’il y a quelque chose) je serai seulement en train d’attendre – Bill. »
* À l’aube du huitième jour, il écrit encore sur son carnet de carburant : « Je n’ai pas d’eau… pas de vent… j’attends patiemment… »
Il est probable qu’il n’a pas vu le soleil se coucher à l’horizon de l’infini Tanezrouft le soir du 20 avril 1933. »

La femme sur la photo était Jessie Maude « Chubbie » Miller, la première femme a avoir traversé le monde en avion entre l’Angleterre et l’Australie, passagère de  Bill Lancaster. Elle passa son brevet de pilote et lança sa propre carrière d’aviatrice comme « the Australian Aviatrix ». Elle devint la fiancée de Lancaster.

Finalement mariée à un pilote britannique en 1936, elle reçue le message de Lancaster 29 ans après le crash, avec son journal et les autres documents, comme le souhaitait le pilote. L’ancien amour de Lancaster, retournée par le courage, l’énergie et la ténacité de son bien aimé autorisa la publication du remarquable journal où il relatait ses derniers jours dans le désert.

Voici l’histoire vraie qui inspira Sylvain Estibal, pour son roman Le Dernier vol de Lancaster, qui est à l’origine de l’adaptation cinématographique Le Dernier Vol, de Karim Dridi actuellement à l’affiche avec Marion Cotillard et Guillaume Canet. Voir le Dossier de Presse.

DERNIER VOL

Une aviatrice, le Sahara, l’ambiance coloniale de l’entre-deux guerres, le décor idéal pour un film d’aventure … et bien non !

Partie avec cette supposition à l’esprit, j’ai cessé de m’ennuyer quand je me suis laissée emportée par les couleurs de l’implacable et immense désert, la solitude et la sècheresse inimaginable et la force d’une quête qui conduit par delà les frontières de la raison, au bord de la mort.

Marion Cotillard – « L’illusion occidentale de vouloir éduquer les peuples..« , BSC News Magazine, 22-12-2009

Portrait

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(1) TANEZROUFT, désert de la soif par le lieutenant MOPPERT, Revue d’Études et d’Informations n° 54 – 4ème trimestre 1962
Bill Lancaster: Lost in the Sahara After Attempting to Break the England-Cape Town Flight Speed Record
, HistoryNet.com.
Jessie Maude ‘Chubbie’ Miller, The Pioneers, Hargrave
« UN PAPILLON DANS LE DÉSERT » OU LA TRAGIQUE HISTOIRE DE WILLIAM NEWTON LANCASTER, par Alain BROCHARD

Published inAventureAviationMétragePortrait

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