Il fait chaud, je suis en eau en passant la porte de l’hôtel où se tient la conférence.
Se faufiler avec une heure de retard au milieu d’une assemblée attentive est un exercice de slake line quand on tutoie la timidité.
Peu importe, je ne suis pas tant venue pour le propos que pour le conférencier.
De toute façon, Doc ‘Et un sourire’ nous gratifiera de 4 heures supplémentaires, tant la médecine traditionnelle chinoise le passionne.
Quel succès ! La salle est quasi pleine.

Peut-être est-ce un choc pour eux aussi, habitués à croiser l’homme souriant entre les quatre murs intimes de son cabinet. Ils s’aperçoivent que Doc ‘Et un sourire’ n’existait pas exclusivement pour le plaisir de résoudre leurs petites ou grandes misères.
Peu importe que leur voisin partage aussi une relation de confiance avec leur médecin préféré, puisque l’attention qu’il porte à chacun est sincère et éclairée.
Ils sont captivés par le propos peu ordinaire du Doc ‘Et un sourire’, par ses chinoiseries, comme il dit.
Le conférencier se désespère qu’il n’y ait pas plus de professionnels dans la salle, constatant encore une fois cette césure entre les aspirations de la profession et les attentes des patients.
Et dire que Doc ‘Et un sourire’ rend son tablier à la sécu à la fin de la semaine.
La veille, il exprimait cette douleur de quitter ses patients qu’il aime comme sa famille et qui lui rendent au centuple. Cependant la charge administrative qu’endosse maintenant le métier, balisé par les technocrates, est de plus en plus difficile à avaler.
Ainsi dépité de devoir fermer son cabinet, sans repreneur apte à s’investir dans la profondeur de cette médecine ancestrale, son nouveau projet se tourne vers l’enseignement, la transmission de ce savoir prélevé directement en chine, auprès des médecins et dans les textes anciens.

J’aimais cette vision globale de l’humain, décodée sous le jour des 5 éléments, de l’énergie vitale, sans rejeter au besoin les spécialisations pointues de la médecine occidentale.
Durant ma seconde grossesse, son absence m’a laissé dépourvu. Il se battait alors contre un cancer, heureusement terrassé. Comment aurais-je pu l’en blâmer ?
Vers qui vais-je me tourner désormais ? Même si …
Entre ses explications à propos des remèdes qui chassent le vent humide et ceux réchauffants, je ne peux m’empêcher d’apaiser ma tristesse en me remémorant ses quelques mots de la veille, compliments trop rares dans ma vie pour les laisser s’échapper :
« Dommage que tu n’ais pas choisi cette voie là. Tu aurais fait un excellent médecin. Tu aimes les gens, ça se voit d’ailleurs sur ton visage. Dans ce cas, j’aurais tenté de t’influencer par tous les moyens pour te transmettre ce que je sais. »
A la sortie du bac, j’ai en effet refusé la voie médicale que je connaissais bien : ‘Luxation congénitale de la hanche’ oblige. Ainsi, à 17 ans, je m’estimais déjà bien trop empathique pour sortir indemne de la charge émotionnelle des patients.
Je ne savais pas encore que c’était un super pouvoir.
Je le regrette aujourd’hui découvrant depuis plusieurs années que le sens qui manque tant à ma vie réside en fait dans la capacité à apporter mon aide à l’autre, d’une manière ou d’une autre.
L’exposé se poursuit. Et avec lui, les carences du Yang, celles du Yin paraissent d’une telle évidence dans la bouche du conférencier.
Je suis heureuse pour le Doc de la parution de son troisième ouvrage en deux ans, qui malgré le prix, s’arrache comme des petits pains durant la pause. Chacun regagne sa place avec une petit sourire satisfait et un sac contenant les deux tomes de la Pharmacopée Traditionnelle Chinoise.
C’est reparti pour quelques heures passionnantes.
A la conclusion de son propos, Doc ‘Et un sourire’ est sollicité pour les hugs et les dédicaces, comme le fils spirituel de Amma et d’un dessinateur de BD au Festival d’Angoulême.
Assise à coté de la fenêtre pour mieux observer le ballet des fans auprès du conférencier, je ne peux que remarquer combien le Doc a apporté du bien-être à tous ces gens, les voyant repartir avec un petit mot dans leur livre, un baume au cœur et une larme perlant sur leur joue.
Comment ne pas être admirative d’une telle existence passionnée, utile, éclairée, humaine et bienfaisante ?
Sortant de la dite conférence, je me disais amusée que Doc ‘Et un sourire’ avait du voir la plupart des personnes de l’assemblée … en sous-vêtement !
C’est rare pour un conférencier, non ?

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