Mer belle, nuit belle et belle la Jeanne. Brise de sud-ouest à 6 nœuds pour une rêverie solitaire sur la plage avant.
C’est là que j’étais venu me réfugier en approchant Tahiti, une terre inconnue pour moi, inventée, imaginée. A l’aube ce fut un miracle, un trait hésitant sur l’horizon, un bleu indéfini, une esquisse. C’est une émotion impartageable que d’approcher une côte par la mer, un enchantement inoubliable.
Il en est ainsi en bordant les rives des fleuves mystérieux. La frange d’eau entre soi et la terre contient tous les possibles. Je connaissais une petite rivière sombre dans un marais des Charentes. La barque glissait sous les frondaisons entre les bois morts, s’enfonçait dans la jungle des ronciers et des lianes de chèvrefeuille. C’était ma première navigation, mon premier bateau, sur lequel se mêlaient la frayeur et la sensualité des parfums.
Bernard Giraudeau, Cher amour (2009)
Il ne reste que les lignes, mais il n’est pas possible de parler au passé. Je crois que dans son dernier roman, par la qualité de l’écriture, on peut dire qu’il avait atteint l’excellence,mais il avait encore tellement à vivre et à écrire.
Il a écrit, avec une telle poésie, tout ce qui portait mes réflexions, depuis tant d’années. Libérant ainsi mon esprit, de tout sentiment d’inadéquation, il m’a fait comprendre combien sauter hors des rails, selon notre propre volonté, rend la vie plus précieuse.
Fauché dans son ascension vers l’excellence de la plume, il manque. Ne reste donc que de belles lignes et quelques conduites de méditation, pour poursuivre le chemin, orpheline d’un parlé vrai et profond, ainsi que d’une sensibilité intelligente.
Je crois que pour toi comme pour moi, le marin séducteur si authentique ne quittera jamais notre subconscient. Il restera une source nourricière inépuisable. Merci.