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Evanouissement salutaire

M’est revenu en mémoire le deuxième hiver de mes 23 ans …
C’est fou comme la mémoire est sélective !

Je venais d’arriver dans l’hémisphère sud avec un accent français aussi charmant que mon anglais était aléatoire.

Émerveillée par les plateformes de train, les senteurs d’Eucalyptus et les fish & chips, il n’y avait que mon optimisme pour trouver que j’avais une chance incroyable de passer 2 mois et demi en Australie. Je ne savais pas alors que je reviendrais …

Cela faisait à peine 3 jours que j’habitais à deux pas de Toorak Road, chez ma chef, en attendant de trouver un hébergement, que ma nature indépendante était déjà mise à rude épreuve.

Cette française qui allait avoir trente ans avait la fibre patriotique depuis que son patron lui avait demandé de superviser une étudiante venue de son pays natal. Je n’ignorais pas ma veine d’avoir un point de chute au sortir de l’avion chez une personne comprenant parfaitement ma langue (et pour cause). Cependant, vivre avec son « supérieur », quand l’affinité est loin d’être sensuelle, s’avère parfois compliqué …

Southbank, Melbourne par Kim Buckley and Richard Baxter

En plus du boulot, je passais 2h chaque jour à appeler toutes les petites annonces des Share Accommodations, exercice « téléphonique » démoniaque lorsque l’on ne maitrise pas une langue.

Entre quelques visites de chambre de bonne en pays chinois ou de confetti puant partagé avec des étudiants accrochés à leur console, j’essayais de faire mon travail avec conscience pour éviter toute remontrance au diner.

Finalement, une collègue, sur le point de  s’installer avec son mec, m’avait promis de libérer son logement, la semaine suivante. 10 jours plus tard, elle évitait soigneusement le sujet.

Ce jour là, frôlant l’overdose de mon sergent chef,  je décidais d’aller me défouler au club de gym de la fac en m’attaquant à l’everest du Fitness australien de l’époque : le Circuit Training.

Dans cette pièce réunissant une quinzaine d’appareils de torture, le but du jeu était de changer d’atelier toutes les 6 minutes et de réaliser dans ce laps de temps le plus d’exercices possible à chaque poste.

Bien que je ne comprenne aucun mot du coach dans cette atmosphère survoltée, la cloche de changement d’atelier retentit une fois, deux fois. Mais à peine avait-elle tintée une troisième fois que je me sentait tomber dans un gouffre d’où le son extérieur ne me parvenait plus.

Arrivée au fond, dans cette atmosphère cotonneuse, me sentant en suspension, j’étais enfin apaisée : « Ce cauchemar est enfin terminé. Tout ceci n’était donc qu’un mauvais rêve ! Je vais pouvoir me réveiller chez moi ! »

Chez moi …
Concomitant avec l’illogisme de ma réflexion, une voix masculine et une musique infernale attiraient mon attention. Les fibres de coton se déchiraient me laissant apercevoir le coach. Je finis par sentir qu’il me tapotait les joues en articulant un borborygme inquiet.

Bien que le gars fut plutôt décoratif, la déception m’envahit. Non, mon tourment était belle et bien une réalité …

Le WE suivant, je m’installais au Friendly Backpacker sur King Street,
où commençait un tout nouveau séjour.

Published inAustralieMémoire

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