Fernando Guillot, lieutenant technicien et voyageur, le plus ancien embarqué sans interruption à bord de La Boudeuse, nous confie par le Journal de Bord n°8, ses raisons d’avoir reconduit l’aventure pour la mission Terre-Océan.
Aucun n’est là par hasard … Pour Fernando, l’électronique n’a pas de secret, habile de ses mains et débrouillard, il sait fixer toute sorte de problème technique, plongeur passionné, cet ancien est de ceux qui simplement en vivant distille, aux nouveaux, l’esprit à bord du 3 mats. Une vraie force en Amérique du Sud …
Je suis de plus en plus admirative du choix de l’équipage.
Trouver des individus prêts à vivre à la dur, une micro-société en milieu clos, avec des forces de caractère incontournable, des hommes (et femmes) qui saurons faire passer au premier plan l’intérêt du groupe avant le leur propre.
Mais ce n’est pas tout, chacun doit représenter une force pour la mission avec une spécialisation, une expérience spécifique, une qualification souvent de haut niveau. Il y a à bord des gueules, des caractères, des spécialistes et pourtant tous semblent vivre en bonne intelligence. Ce ne doit pas être idyllique tous les jours … cependant ça marche !
Comme l’impression que le recrutement joue pour un bon tiers dans la réussite de l’expédition …
Moi qui aime étudier les comportements,
ce serait un creuset fascinant au jour le jour.
Voilà des semaines que nous avons la chance que Bernard Wolfrom nous transmette les propos factuels du Capitaine, les espoirs et rêves de l’équipage et de magnifiques images qui rendent plus réelle l’aventure.
Mais qu’a à l’esprit Franceschi quand au milieu de l’Atlantique, il constate qu’une nouvelle fois, il a réussi à donner l’impulsion pour aventurer sa vie ? (La remontée du fleuve et la première exploration ?)
Le Mot du Capitaine s’est arrêté à
la Lettre Numéro 3 – Le Havre – 4 octobre 2009 …
******************
26 Décembre 2009
Journal de bord N° 008
(Atlantique, route Cap Vert – Guyanne)
par Fernando Guillot
Lieutenant technicien
Il est 20 heures. Mon quart vient de finir. L’équipage a déjà diné. La journée était bien chargée. J’ai passé la matinée à chercher une panne électrique intermittente dans le panneau du moteur. Ça n’était pas compliqué, mais bien caché. Cette fois, mon instinct et mon expérience m’ont donné un vrai coup de main. Mais avant que je ne puisse finir, un appel à manœuvrer retentit !… Je laisse mon travail de coté et m’attèle au changement de voilure. Il est nécessaire d’envoyer 9 voiles et le travail se fait en 10 minutes: pas mal du tout ! Je vois la satisfaction dans le regard du Capitaine et l’équipage commence à être fier de lui même.
Tous les jours, nous avons des manœuvres, des exercices, de l’entretien ; le navire est une machine qui ne s’arrête jamais, chacun fait son boulot. Après dîner, un calme apparent revient à bord. Je prends ma place préférée, sur le coffre de plongée, pour fumer mon cigare en écoutant de la musique. Une sonate de Mozart cette fois. La musique accompagne le son des vagues. Il ne pourrait y avoir plus d’étoiles dans le ciel. En face de moi, la seule qui ne bouge pas de toute la nuit, bien sûr, la Polaire.
Le bateau s’ouvre un chemin silencieux vers le nouveau monde, bien au delà de l’horizon, comme Christophe Colomb et sa caravelle, Quelques années plus tard, c’était au tour de Bougainville avec « La Boudeuse » et « L’étoile ». Le but était le même: découvrir le monde avec les mêmes moyens: le vent et l’esprit d’aventure. Je me plonge dans le passé, me revoilà adolescent, visionnant les films de Jacques Cousteau ; le poste de télé chez moi en Argentine, dans les années 70, était en noir et blanc et fonctionnait avec des lampes. C’était une vrai pièce de musée. J’ai passé des heures à admirer le monde sous-marin, les expéditions de la « Calypso » qui voyageait autour du monde, emportant des scientifiques dans tout les recoins de la planète.
Maintenant je suis là, au milieu de l’Atlantique, cap sur l’Amérique. Fier équipier de La Boudeuse, avec les responsabilités de technicien, plongeur et explorateur ; voilà que mon rêve est devenu une réalité. Une réalité qui réclame son lot d’énergie quotidien, mais cet aspect ne me dérange pas, le prix en vaut la peine. A l’époque, j’ étais spectateur de l’aventure, je suis maintenant acteur de mon destin.
Devenir explorateur n’est ni un sport ni un métier, c’est une passion. Tout le monde ne peux comprendre le pourquoi d’une activité pareille : risquée, inconfortable, pas rentable, bouffé par les moustiques, assaillis par la chaleur, tout cela dans les coins les plus perdus ! Qui voudrait devenir explorateur? Mais, comme le dit l’explorateur Gilabert : « On peut mourir de faim en quelques semaines, de soif en quelques jours, mais de panique en quelques minutes. C’est notre détermination de vivre, notre force mentale, additionnée à nos connaissances des techniques et des matériels qui nous permettront de sortir vainqueur de n’importe quel endroit ».
Après quoi il faut avoir la connaissance du groupe, du matériel et du terrain.
Trop de risques me direz-vous ! Peut être. Mais passionnant, vous répondrais-je !
En forêt, nos jambes sont nos seuls moyens de déplacement. Donc notre pire ennemi est le poids de notre sac à dos. C’est vrai dans la vie aussi ; il faut se débarrasser de tous les souvenirs du passé pour être plus léger et affronter notre destin.
Un poète Espagnol à dit : Caminante no hay camino, se hace camimo al andar. « Marcheur, il n’y a pas de chemin tracé, le chemin se trace en marchant. »
Pour moi, la suite des expéditions sera vraiment intéressante. L’Amérique, avec sa culture et son idiosyncrasie plutôt particulière, il faut bien le comprendre. Être né las-bas, avec mon castellano comme langue maternelle me permettra d’avantager de façon substantielle nos relations avec les autochtones sud-américains.
Le navire glisse sur le soir, toutes voiles dehors, vers le soleil couchant. Je vois dans l’horizon la magie de Salvador Dalì, avec la folie de ses couleurs. Là-bas, je la vois ! Oui, je la vois, pas avec les yeux bien sûr, je la vois avec mon cœur, c’est mon Amérique, celle qui nous attend, celle qui m’attend.
( Adapté en version française par Cyril Millet, Intendant cuisinier )
Be First to Comment