Bien loin
dans les territoires d’Amazonie,
sur le rio Caqueta
qui coule sans bruit,
existe une cascade
aux eaux rouilles.
Ces eaux écumantes
dégringolent
des grandes montagnes
aux roches noires
et s’écrasent sur des plateaux de pierre,
presque en silence dans ce désert vert,
cette cathédrale immense d’un autre âge :
la jungle.

Tout bas
étrangement,
l’eau rejaillit
en bulles blanches
et tournoyantes
qui contre les rochers
forment des amas cotonneux.
Il y a un mystère autour de la cascade.
Les Indiens le disent le soir au bivouac
et lorsqu’ils passent près d’elle,
petits dans l’immensité de la forêt,
ils la contemplent avec respect.
Il y a un mystère,
car près de la cascade,
là où naissent les amas cotonneux
des bulles aux airs perdus,
se trouve un rocher
à la forme curieuse.
Grand comme un homme,
plus plat qu’un miroir,
il a la forme parfaite
d’un cœur égaré.
Les Indiens disent
qu’un homme l’y a perdu
pour une femme
et qu’autour de la cascade,
désespéré,
erre son âme.
Maloca Andoké du Caquéta, 29 Août 1976
Patrice Franceschi, Au long cours, 1978
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