Les conditions économiques ne sont pas les seules à pousser à s’implanter dans les faubourgs de tentes.
D’autres motifs prévalent parfois, telle la notion d’espace et d’habitat propre aux nomades autant qu’à leurs descendants immédiats : aux pièces anguleuses des appartements, assimilées parfois à des geôles, les récalcitrants à la vie sédentaire ont longtemps préféré la rotondité naturelle de la yourte.
Sous cette tente devenue emblème national, chaque ustensile est à portée de main, et les habitués disent y avoir toujours à s’occuper (alimenter le poêle, aller puiser de l’eau …) ; l’espace est aéré quoique la chaleur s’y conserve bien, la lumière provient naturellement du toit, les murs laissent deviner ce qui se passe dehors et le temps qu’il fait ; l’esprit y raisonne librement, à l’inverse d’entre des cloisons ; le réseau familial, d’amis et de connaissances, fort développé en Mongolie, s’entretient davantage sous la yourte, où se sont façonner les coutumes, que dans les immeubles où portes et murs de béton isolent des voisins.
« Méfie-toi des maisons comme des tombeaux », disent certains, qui affirment aussi que l’organisation interne de la yourte respecte les règles d’harmonie du feng-shui.
Toujours est-il que la yourte laisse la possibilité d’être démontée, de représenter un habitat saisonnier (des citadins en font leur résidence estivale, installée en lisière des villes).
Cet habitat convient à ceux dont la perceptions de la vie nécessite une indépendance. Habiter une yourte citadine peut donc être un choix. Sans doute ceux qui se sentent libres ont-ils besoin d’un tel logement.
Ce qui frappe, c’est l’importance vitale de la yourte et sa pérennité malgré le développement d’Oulan-Bator. Par obligation ou par choix, quoi qu’en disent les entrepreneurs et le gouvernement, elle incarne la Mongolie, rurale et urbaine.
Sous les Yourtes de Mongolie (p48), Marc Alaux
L’état d’esprit nomade face à la modernité occidentale y est si bien exprimé qu’il n’y a rien à ajouter de plus !
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