L’aventure vole du temps à la mort. Si routiers et capitaines repartent sur le chemin, sans s’accorder répit, sans prendre de repos, c’est parce qu’ils mesurent combien l’existence se déploie lorsqu’elle est engagée sur des voies difficiles. L’aventure est un principe intensificateur, elle densifie les émotions, alourdit le souvenir, retient le temps. Par un phénomène mécanique de contraste, elle confère aux bonnes et simples choses -un après-midi de soleil sur une terrasse silencieuse, un concerto de Schubert écouté dans les bras d’une bien-aimée- une valeur inestimable. Après la vie dangereuse telle que l’avait baptisée Cendrars, une poignée de jours paisibles paraîtra un trésor.
Sylvain Tesson, L’Aventure pour quoi faire ?
(Points – Aventure, Avril 2013, p43)
J’y pense souvent.
Avec le recul des dernières années, il avait saisi l’inconsistance de cette course folle vers l’aventure, pourtant viscérale.
C’est d’ailleurs ce qui lui a permis de prendre du temps pour l’écriture mais aussi pour ses proches qu’il laissait précédemment allégrement derrière lui.
Je n’ai d’ailleurs pas encore trouvé la voie du milieu entre esprit d’aventure, goût de l’ailleurs, exploration de son chemin personnel et présence à l’instant présent, devoir familiale, transmission.
J’aurais en effet aimé connaitre son point de vue.
dommage que B.Giraudeau ne soit plus là, il auirait certainement participé à cette co-écriture et aurait écrit des choses très pertinentes sur la question.