Voilà, le processus est lancé …
Depuis de nombreuses années, le spectre de la douance plane au dessus du Phare.
A tort ou à raison.
Dire que les deux frères Ginkgo et Petit Biloba captent vite est une évidence.
Pourtant, ils n’ont rien d’extravagants : pas d’apprentissage précoce de la lecture, de capacité calculatoire extraordinaire, pas de don particulier. Ils ne sont pas non plus des singes savants.

Mais indéniablement, ils ont des facilités.
Nous ne pouvons nier une curiosité sans borne, une utilisation précoce du langage chez l’aîné, une autonomie de décision et une capacité d’association particulièrement développée chez le dernier.
Chaque enfant, selon son âge, nous gratifie régulièrement de réflexions percutantes, bien senties ou analogues.
Probablement le lot de beaucoup d’enfant dans un cadre propice ou sous la vue partiale de son parent.
Et c’est là où se pose la réelle question : tester un de mes enfants pour savoir s’il est à ‘Haut Potentiel’ n’est-il pas terriblement présomptueux ? N’est-ce pas une façon de briller au travers des qualités de mes enfants ?
1- Ginkgo (9 ans et 1 mois)
Nous n’avons amorcé aucune démarche de test avec Ginkgo qui certes survole le programme de CE2 avec belle aisance (très fier d’être en avance sur ses camarades) mais vit sa vie de garçon de 9 ans avec bonheur.
« Ginkgo a vraiment du potentiel ! » dixit Miss Monté-CNV, son institutrice depuis le CP
Vouloir réussir tout, tout de suite et à la perfection lui a joué des tours par le passé.
Malgré certaines angoisses de la nouveauté (jusqu’à un simple changement de T-Shirt), il semble gérer en autonomie ses apprentissages grâce à la pédagogie Montessori de son école.
Le relationnel avec ses amis est un pilier de son équilibre.
Nous avons d’ailleurs découvert que pour être parfaitement intégré auprès de ses copains, il limitait sciemment son avancement sur les notions de maths et de français afin d’attendre ses camarades les plus proches.
Surtout ne pas prendre d’avance sur eux pour ne pas se singulariser.

Il n’a d’ailleurs pas accepté d’intégrer la classe CE2-CM1-CM2 comme nous l’avait proposé sa maîtresse. Il a préféré rester avec ses amis (normal !) alors que c’était une excellente opportunité d’ouvrir son champ d’apprentissage. Nous avons respecté sa décision préférant son bien-être enfantin aux apprentissages qu’il va de toute façon acquérir.
Et il s’avère que cette année durant laquelle il est le plus grand, le plus avancé, le plus respecté fait énormément de bien à son estime personnelle.
On peut dire qu’il gère au mieux. Il ressemble à un enfant heureux.
Nous n’avons donc pas eu de raison impérieuse pour le faire tester.
2- Petit Biloba (3 ans et 8 mois)
La question s’est posée en d’autres termes avec Petit Biloba.
Comme tout enfant devrait pouvoir le faire, Petit Biloba est sans cesse dans l’expérimentation : il démonte, observe, assemble, fabrique au point d’ailleurs d’abîmer parfois nos affaires et les siennes.
Autant vous dire que c’est fascinant mais loin d’être de tout repos.

Sa première assistante maternelle ‘Nounou Pikler’ nous disait qu’en effet « il était un accueil difficile » car elle devait le ‘nourrir’ pratiquement/intellectuellement sans discontinuer.
L’imagination débordante de Petit Biloba lui permet d’inventer de nombreuses histoires à partir de tout et de n’importe quoi, et ce depuis presque deux années. Certes il y a l’exemple de son aîné mais il le fait avec tant d’aisance !
En tout cas, cet enfant est incontestablement un esprit libre. Depuis le plus jeune âge, il sait ce qu’il veut et ne veut pas. Et puis, il s’intéresse à tout, sans s’attacher à rien.
Mais voilà, sa relation à l’autre est très complexe.
Autant il est attentionné avec les plus petits et intéressé par les plus grands, autant il s’est longtemps senti agressé pour un rien par ses pairs. Aujourd’hui, il arrive à maîtriser ses réactions, guidé conjointement par ses parents et ses maîtresses. Il avance plus tranquillement sur le chemin des émotions faisant cohabiter ses besoins de protection et d’autonomie.
Ce qui n’exclus pas encore les crises.
Cependant, il n’intègre pas encore parfaitement les autres dans son schéma. Il est rapidement et souvent en souffrance dans ce domaine.
Hypersensible, les trop nombreux stimuli, le bruit, une nouvelle tête ou un changement soudain le déstabilise facilement. Dans ces conditions, ses réactions deviennent imprévisibles.
Spectateurs de ce mal-être et en lien avec l’équipe éducative, la douance est devenue une piste à explorer pour tenter de mieux comprendre comment fonctionne Petit Biloba.
Mon petit garçon ‘attachiant’ sera le premier à faire un test de ce type.
3- Daddy (70 passé)
Et je ne vous explique pas combien Daddy, son grand-père se reconnaît en lui, autant par son côté percutant que pour son intolérance à la frustration.
Sauf qu’enfant, lui était le ‘vilain petit canard’ turbulent qu’on enfermait dans le noir quand il faisait des conneries. Du coup, il en a fait beaucoup !
Depuis l’enfance, il se sent à part. Cependant quand on est très viril et né dans les années 1940, impossible d’accepter d’être sensible, voir hyper-sensible.
L’homme pratico-pratique a une solution pour tout. (ndlr : D’ailleurs, c’est déroutant pour un enfant d’avoir un père aimant mais qui a concrètement TOUJOURS raison.)

Selon ses propres investigations artisanales, il aurait un QI de 130. Ce qui expliquerait qu’il se sente assailli au quotidien par la connerie ambiante !
4- Capsicum (pas encore 40)
De mon coté, je ne peux nier que les études au moins jusqu’au bac n’étaient qu’une formalité. En classe, j’ai toujours trouvé ennuyant d’attendre que les autres comprennent.
Après ça, la prépa Maths Sup / Maths Spé m’a bien matée !
Malgré tout, je suis allée jusqu’au bout quand j’ai enfin compris que ça ne passerait pas si je n’entrais pas dans le moule, temporairement.
Mon super-pouvoir à moi est de savoir ce que mes interlocuteurs veulent entendre et donc d’utiliser avec succès la façon la plus appropriée de faire passer mes idées auprès d’eux. Du coup, faciles : les entretiens de concours (2x 20/20), les rapports de stage, les soutenances, les entretiens d’embauche, les réunions Projet en entreprise, etc.
Et je ne vous parle pas de cette soif jamais étanchée d’apprendre, de découvrir, de comprendre, d’interroger tout ce qui m’entoure, dans les domaines les plus variés. Ce qui explique un Master 2 à plus de 38 ans, sans parler du reste.
Ma grand-mère avait l’habitude de dire que je réussis tout ce que je touche.

Si elle avait su que le sentiment d’imposture persiste en moi !
Obtenir des honneurs pas forcément mérités, penser que mon salaire n’est pas en adéquation avec mon efficacité réelle, se dire que j’ai eu de la chance, faire exactement ce qui me fait peur pour conjurer la situation, etc.
En plus, les codes sociétaux me sont souvent nébuleux en dehors de ma cellule familiale élargie, m’obligeant a un effort soutenu de caméléon.
Ce sentiment de décalage m’a souvent fait rire intérieurement : s’imaginer danser sur les tables en pleine réunion, etc.
Et puis, j’ai l’impression d’épuiser tout le monde avec mes enthousiasmes monomaniaques, mes raisonnements logico-intuitifs et ces idées atypiques qui bouleversent le quotidien. Ce qui explique en partie la naissance du blog !!
Vive la méditation qui m’a appris à apaiser/reposer mon cerveau.
Alors que mes frères ont été testé lorsqu’ils étaient enfants en difficulté scolaire, je suis passée au travers de l’évaluation, parce que tout roulait tellement bien avec moi. Du coup, le doute persiste, au fond, depuis trois décennies alors que j’ai souvent fleureté avec un sentiment de manque de reconnaissance.
Soyons sérieux …
Des gens doués, j’en ai croisé une pelletée et je ne leur arrivais pas à la cheville. Alors je me dis que tout le monde a son lot de réussites et de difficultés. Ce qui ne me rend pas différente des autres. A quoi bon donc, se faire tester ? Cela ne changera rien à mon âge.
Si j’étais honnête avec vous j’aborderais la raison souterraine pour laquelle je n’ai jamais fait les tests habilités : « Et si j’avais une intelligence moyenne … que deviendrait mon estime personnelle ? ». Quelle vanité !
Je soupçonne d’ailleurs Daddy de n’avoir jamais sauté le pas, pour la même raison.
5- Ange (déjà 40)
Le papa de Ginkgo et Petit Biloba est beaucoup plus serein vis à vis de tout ça. Absolument indifférent à ce que pense les autres ! Tant qu’il est satisfait de ses propres accomplissements, tout va bien. (Et il en a de très appréciables à son actif.) Pourquoi se mettre la rate au court-bouillon avec des tests ?
Maintenant si cela peut nous aider à apaiser Petit Biloba, voilà une piste à explorer.
6- Tout ça pour en arriver au milieu socio-culturel.
Et si toutes ces facilités à travers les générations n’étaient que le fruit d’un environnement propice aux apprentissages (émissions, visites, expo, etc), de la confiance dans les yeux des parents et de leur approche éducative, des encouragements prodigués, des opportunités, de la pédagogie et du feux sacré des profs rencontrés.
Thèse partagée par la maman d’une super copine de Ginkgo.
L’essentiel étant d’être aussi chanceux !
Ainsi même s’il s’avérait que Petit Biloba n’est pas un petit zèbre (enfant à haut potentiel), la démarche aura au moins le mérite de prendre en compte ses particularités dès son plus jeune âge afin d’avoir de nombreuses clefs pour lui rendre la vie plus belle.
Aujourd’hui j’ai donc sauté un grand pas en prenant trois rendez-vous (Prise de contact / Test WPPSI IV / Restitution des résultats) pour effectuer un bilan avec Petit Biloba.
Suite au prochain épisode de cette nouvelle aventure !
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Effet Barnum, Wikipédia

Le post peut laisser transparaitre comme une vanité.
Mais je vous promets qu’il s’agit plus d’une ‘affliction’.
(Si je pouvais éviter que mes enfants s’engluent dans les mêmes difficultés…)
Pour preuve les larmes qui coulent quand je me rends compte que nombre de processus décrits par Fabrice Bak ont cours dans mon cerveau : sentinelles, cascade émotionnelle, syndrôme d’imposture, capacité de concentration focalisée au dernier moment, incompréhension avec le monde du travail qui encense des travaux mineurs, utilisation du système, la pertinence, etc
Mais alors combien de mes potes sont à haut potentiel ?
Certes c’est long mais moi qui pensait que mes parents se trompaient … je révise mon jugement devant ces paroles. Tout s’éclaire d’un seul coup.
Je vais passer le test Mensa pour en avoir le cœur net.
ok, si je me trompe j’aurais juste l’air d’une idiote !!!
merci les Tribulations d’un petit zèbre
Quand je vous dis que le sujet de la douance vient et revient.
Quelques jours après la parution de cet article, la fameuse maman d’une super copine de Ginkgo qui est correspondante dans son collège pour les enfants Dys et HP me raconte comment elle a encouragé son compagnon à aller passer le test d’admission à Mensa.
L’homme absolument pas convaincu a mis deux sessions avant de se décider à lever le voile. Le voila admis.
Quelle coïncidence d’aborder ce sujet en ce moment.
Du coup, je pense que ce test d’admission est tout à fait intéressant comme premier pas (ou seul pas) à moindre frais (40 euros) en attendant de voir s’il est vraiment nécessaire de passer le WAIS IV (265 euros)
D’autres ont d’aillleurs émis la même hypothèse : http://www.zebrascrossing.net/t3908p20-utiliser-le-test-d-entree-a-mensa-comme-detection-de-sa-douance
Et puis, rencontrer, échanger entre HP doit être ressourçant, épanouissant.
A voir, à suivre pour Capsicum.