Votre Capsicum s’est beaucoup aigrie depuis 2 ans à Lyon.
La faute n’est imputable à personne, juste à ses propres illusions …
Je me développe à l’inverse de mes congénères.
Élevée pour faire face à la violente réalité du monde, j’étais prête à bouffer tout ce qui me résisterait, quand j’ai quitté ma steppe natale. Or plus je vieillis et plus mon cuir s’affine et s’assouplit, laissant mes flancs sans armure aux coups de la vie.
L’arrivée au Phare s’est teintée d’une évidence amicale très vexante :
personne ne s’est proposé pour nous aider au déménagement.
Certes, Ange vous dira qu’on n’obtient rien en ne demandant rien, mais ma naïveté était telle que je pensais mes amis suffisamment attachés à moi pour ne pas avoir à leur demander.
Autant dire que porter tout notre bordel à 6 bras m’encouragea vers la simplicité volontaire … 🙂
Ensuite, j’aurais bien voulu pendre la crémaillère.
D’ailleurs j’ai commencé sur la lancée à inviter quelques amis et/ou connaissances. Certains ont trouvé des excuses bidon pour ne pas venir, d’autres n’ont jamais rappelé après.
Effaçant d’un revers de main toute velléité festive au Phare, je n’ai pas insisté dans l’humiliation. (Les mêmes qui ne répondaient pas à mes messages me reprocheront par la suite de ne pas les avoir invités.)
Une période très complexe où Petit Ginkgo (4-5 ans) et moi vivions en autarcie à installer notre intérieur et à faire l’école à la maison. Un hiver aussi froid que mon cœur. Seuls les cours de gym et de judo de Petit Ginkgo ainsi que la recherche de verdure occupaient nos sorties. Le soir, nous attendions le retour d’Ange avec impatience.
Lui, avait une vraie vie sociale mais ne nous voyait pas dépérir.
D’ailleurs, il a fallu ré-apprendre à vivre tous ensemble.
‘Papa week-end’ a du se transformer en ‘Papa tous les soirs’. Et malgré une réelle volonté d’être deux, je continue de penser que le couple heureux habite peut-être sur le même palier mais probablement pas dans le même appartement.
Nous n’avons cependant pas les moyens de mes ambitions ! 😉
Minimisant la taille de la ville, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, je m’efforçais de me déplacer à vélo avec 23 kg supplémentaires dans le siège enfant.
De quoi dégoutter de parcourir Lyon et préférer s’enfermer dans son Phare.
Msn, Skype et le téléphone ne sonnaient plus.
Les anciens collègues ne trouvaient pas utile de m’appeler, les anciens potes n’avaient rien à foutre de notre changement de vie, les autochtones n’avaient semble-t-il aucun intérêt à nous intégrer dans leur vie.
Oui, je sais, si au moins j’avais demandé … Fallait-il vraiment demander ?
Ma plus grosse préoccupation était de constituer un carnet d’adresse tenant la route.
Mais comment trouver un pédiatre efficace et ouvert, un acuponcteur éclairé, un garagiste et un dentiste non fourbe, un gynéco sans dépassement d’honoraire, un ostéo soulageant, un dépanneur informatique quand on ne côtoie pas les lyonnais ??
Mon fils sous le bras, je suis donc partie pour un road trip à travers le Portugal, histoire de ré-étalonner mon émerveillement. Puis Petit Ginkgo entra dans une nouvelle école. Il retrouva alors l’essentiel : son sourire.
Je me lançais donc dans la préparation d’un nouveau voyage, comme j’en avais rêvé en quittant mon boulot.
L’expérience capverdienne me renvoya notamment à l’essence de la vie : les enfants.
Une nouvelle aventure fut décidée : mon ventre s’arrondit comme le souhaitait Ange.
Les nausées ne me quittèrent pas pendant 5 mois, un mal-être physique si peu considéré s’installa. Mon nouvel acuponcteur m’abandonna avec tous les petits maux de la grossesse. Je n’avais aucune confiance en ma sage-femme et mon choix de maternité, sans conseil et sans éclairage, fut si difficile dans cette nouvelle ville. Le voyage n’était évidemment pas envisageable, mais un éclair de lucidité m’atteint : trop frileuse pour entreprendre dans la photographie.
L’apothéose de la solitude, je la vécus à la maternité, en tête à tête avec ce merveilleux petit enfant à découvrir.
A part, Ange pressé de rentrer au Phare après sa journée de travail, aucune visite, pas de champagne, pas de présent, aucun doudou dans le berceau, seulement 3 ou 4 sms de félicitations. Le sol se dérobait sous mes pieds, les bras emplis de nouvelles responsabilités.
Il fallut des mois pour apprivoiser l’enfant, pour enfin faire naître un sourire, lui créer une vraie place au sein de la famille.
Une période emplie de doutes et de peurs dont tout le monde se foutait, autant les amis copains que les parents.
Qu’imaginais-je ? L’état de grâce ?
D’autant que même affectueux et présent, Ange mit des mois à s’investir auprès du nouveau né, le plus beau présent que j’ai pu lui offrir.
A posteriori, il s’avère que j’étais en pleine dépression péri-natale (pré et post-partum) sans que personne ne s’alerte.
Une estime de soi qui se délite jour après jour. Un reflet qui ne me ressemble pas.
Présente pour les miens au point de me nier, qui est là pour m’apaiser, m’encourager, me recueillir, croire en moi ?
La frustration se diffuse en constatant chaque jour que mes mots ne valent rien. Il arrive qu’on ne réponde même pas à mes questions. Un mépris par habitude. Devant ce défaut de considération, je m’endurcis chaque jour un peu plus.
De désillusions sociales en désillusions personnelles, je flétrie et abandonne petit à petit ce qui génère ma peine.
Qui suis-je devenue ? La guerrière à l’instinct affuté a-t-elle fait place à une pleutre utopiste et cul de plomb ? Ai-je encore tenté de rentrer dans ce fameux moule qui ne me réussit décidément pas ?
A l’heure où Petit Biloba (presque 10 mois) commence à marcher et Petit Ginkgo (6 ans) perd sa première dent de lait, les pages se tournent …
Pour leur santé et la mienne, les enfants ne peuvent être ma seule source d’accomplissement.
Or j’ai perdu en imagination et en fantaisie.
Pour moi, l’avenir s’apparente à un vide intersidéral.
Pour la deuxième fois en quelques années, mon avenir est nébuleux, aucun projet sous le coude, pas d’envie passionnelle, aucun chemin évident ne s’offre à moi.
Tout me semble si compliqué. Où vais-je ?
Mon quotidien fait le grand écart entre petits bonheurs et solitude.


c’est juste l’expérience du vécu ou du ressenti……alors si des bribes peuvent servir j’en suis très heureuse,mais tu sais, je n’ai pas la prétention de donner des conseils
Merci toutes les deux pour vos conseils que j’ai suivis et qui m’ont réussi …
Prive-les juste un petit peu, tu te feras désirer davantage…C’est le cas aussi pour les amis, puisque tu n’aimes pas demander, laisse-les demander eux, quand ils auront besoin de toi, tu verras pointer le bout de leur nez.
En fait, je croyais connaitre des lyonnais hospitaliers.
Et puis, demander, ça c’est sûr, je ne sais pas.
Mais je ne suis pas sûre que la sociabilité soit le problème, probablement plus une conséquence.
A bien y réfléchir, je crois être encore tombée dans le panneau de la normalité. Comme une volonté de me fondre dans le moule. Sauf que pour la troisième fois dans ma vie, je me rends compte que j’étouffe immanquablement à vouloir me conformer à une vie pour laquelle je ne suis pas faite.
Si j’assume un peu plus ma fantaisie, l’épanouissement me guète.
S’assumer, lâcher les freins, inventer ma vie.
Sauf qu’avec 1 homme et 2 enfants, ça devient de plus en plus compliqué de bouger sans les priver d’un cadre qui leur convient …
Tu connaissais pourtant la remarquable hospitalité lyonnaise… Là pas de surprise. Mais pour les enfants, il faut peut-être apprendre un tout petit peu à demander…Pour revoir des gens, sortir un peu, je suis sûre que même Ange sera content. En fin de compte vous vivez trop toujours entre vous seuls, et il faut essayer de sortir un peu.
je pense que l’on s’humanise lorsqu’on à soi- même
« fabriqué » un petit être………..on adouci notre regard sur l’humain, c’est du moins ce que je pense.
C’est maintenant où tu profites de tes enfants qu’il faut prendre le temps de penser à ce que tu recherches pour l’avenir. Comme nous n’avons malheureusement qu’une vie, on est obligés d’agir ainsi….
Merci Bulle. Désolée mais j’avais beaucoup de problème de spams, ces derniers temps.
Quand je me relis, je trouve que je parle comme une fichtre enfant gâtée.
Il n’y a rien de grave, rien de vital.
Mais ces deux dernières années recèlent de désillusions.
Moi qui pensais être réaliste … je me trompais.
De plus, la vie de couple et les maternités m’ont ramollie ou humanisée, c’est selon.
Mais je pense être encore trop tournée vers les enfants pour penser à moi efficacement.
Et c’est peut-être ça le problème : vouloir vivre 100 vies, sans se laisser assez de temps, de réflexion, de pleine paix avec soi-même.
Je suis pressée de vivre et donc je mets la charrue avant les bœufs en cherchant dès aujourd’hui des solutions pour l’avenir.
C’est ma dualité : se hâter de vivre densément tout en prenant son temps !
j’avais mis un comment, mais sans anti-spam, il a fait comme bulle de savon!!!!!!
je disais à peu près :
si je commence par la fin, normal que tu fasses grand écart entre petits bonheurs et solitude, tu es mère à plein temps et le relationnel te manque.le fait d’avoir déménagé très peu de temps avant ta grossesse n’a pas facilité les choses.
MAIS, maintenant PETIT bILOBA marche, il faut que tu penses à toi. Avec ton potentiel, tu vas trouver une voie où tu puisses t’épanouir et trouver l’équilibre entre vie professionnelle et vie familiale………….avec l’envie …