Tasmanie,
Mars-Avril 2001
Alors que la brume n’est pas encore levée, je pars voir les concrétions rocheuses de la côte, puis direction le passage de Eaglehawk Neck pour atteindre la presqu’île de Port Arthur, down under.
Ma bomb, louée sans l’option « freins », a roulé toute l’après midi. Le jour décline et le YHA ne doit plus être loin. C’est une weather-board house de style victorien comme je les aime. Demain, à moi le Pénitencier de Port Arthur objet de mon détour :
Autour d’un verre, je fais la connaissance d’une institutrice anglaise ayant échangé son poste avec un australien parti en Grande Bretagne. Ce qu’elle retient de Port Arthur … the Island of Dead ! Nous passons la soirée avec les autres voyageurs à échanger quelques bons tuyaux …
A peine réveillée, planant à 15000, je découvre un parc de promenade parsemé de constructions du XIXème très surannées. La paix qui règne à l’ombre de ces chênes est très surprenante quand on sait la souffrance qui a parcouru l’endroit.
Des chênes … ici ?!
Oui, à l’époque où l’on exportait les hommes pour peupler ce nouveau territoire, on essayait de recréer la mère patrie par tous les moyens !!
Port Arthur fut le centre pénitencier de dernier recourt. On y envoyait les récidivistes, les fortes têtes destinées à être matées. Les cobayes idéaux pour expérimenter de nouvelles techniques de domptage.
Mais il n’y avait pas que les bagnards a être emprisonné là-bas … Il y avait aussi les soldats envoyés pour maintenir l’ordre. Alors que les prisonnier, au bout de quelques années pouvait prétendre au « ticket of leave » … les soldats eux restaient là !
De magnifiques réalisations en bois rappellent le travail des prisonniers. Ce qu’il reste de l’église œcuménique permet d’aborder la question de la multitude de religions autorisées à Port Arthur alors que l’Angleterre n’appliquait pas ce point de vu à l’époque …
Et les femmes ? A l’époque elles sont presque autant que les hommes à être envoyées à l’autre bout du monde, dans le simple but de peupler cette colonie britannique ! Mais à Port Arthur, point de condamnées … quoique dans un certain sens ! Un jardin à la française trône au milieu des habitations des officiers … et témoigne de leur présence, femme du gouverneur ou du médecin. Probablement choyées, vivaient-elles oisives, capricieuses, intrigantes, autoritaires, insatisfaites ou heureuses ? Quel regard portaient-elles sur Port Arthur ?
La surprise et l’écœurement m’envahit quand je découvre que Port Arthur fut un des premiers centre de redressement pour enfant de 9 à 18 ans. Isolés à Point Puer, les mômes n’étaient pas mélangés aux condamnés adultes, mais n’avaient pas la vie plus facile pour autant.
Toute la journée, je passe de constructions en reconstitutions, la maison du commandant, les Officers Row, la prison des châtiments corporels, etc. Je me faufile dans deux visites si différentes, tantôt académiques, tantôt divertissantes. Mais ce sont les histoires de ce condamné en particulier ou de celui là, qui émaillent le voyage dans le temps, en plus de quelques clins d’œil du guide !
S’échapper de Port Arthur ?
Difficile quand on sait que la mer entoure le pénitencier et que Eaglehawk Neck est le seul point de passage par la terre, où une chaine de chiens était tendue en permanence. Pas de lieu plus idéal pour installer un bagne … une vraie prison naturelle !
Au soir, le coucher de soleil rougit le ciel … aucune envie de partir … je m’attarde au cottage de Smith O’Brien, prisonnier politique irlandais, sur la colline surplombant le site. Les couleurs sont magnifiques et resteront gravées dans ma mémoire pour au moins 10 ans !!
Le lendemain en montant sur le promontoire, j’apprendrai que Port Arthur fut le lieu d’une fusillade meurtrière, le 28 avril 1996 ôtant la vie à 35 personnes.
Comment ce lieux si chargé de souffrance peut-il refléter autant la paix ?



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