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L’Ogre qui sentait l’eau de Cologne …

Nous avons un spécimen d’Homo Ralus dans l’immeuble du Phare.

Le gars a les cheveux gris de sa cinquantaine bien tassée.

Nous le croisons dans l’ascenseur dès que sa corbeille à papier est pleine.

Lorsque la porte s’ouvre sur son complet gris, il me faut toujours un bon moment pour identifier son humeur car il porte une lèvre légèrement retroussée qui simule un sourire même lorsqu’il est d’une humeur massacrante.

Ce qui rend cette rencontre singulière en comparaison de l’usuelle et insipide politesse d’ascenseur, c’est qu’il marmonne. Mais que marmonne-il ?

Pas toujours simple d’identifier s’il nous parle, s’emporte des multiples détails qui viennent l’agresser ou nous critique lâchement les yeux sur ses chaussures.

Petit Biloba a toujours un recul physique lorsque l’Ogre du Phare vient à partager les 2m² qui nous mènent au sous-sol car il émane de lui une violence contenue qui n’effraie pas que les enfants.

A en croire les regards inquiets mais complices que se jettent les habitants quand le marginal apparait.

Et parfois c’est simplement l’odeur résiduelle de son passage qui provoque une moue de dégout sur le visage de Petit Biloba.

Personnellement, je me fais un point d’honneur à être d’une politesse irréprochable avec lui.

Pour la simple raison que je ne sais rien de lui et de ce qui l’a amené à se sentir systématiquement agressé par le monde.

Comme il doit être fatigué à la fin de sa journée à râler ainsi pour mille et une choses.

Alors que nous le croisons dans la rue, en train de déplorer que les gens attablés aient le nez sur leur mobile, Petit Biloba me dit qu’il pense que l’homme est triste et malade.

Plutôt bien décodé pour un pitchoun de 4 ans et 10 mois !

Soyons honnêtes, mon indulgence n’est peut-être pas si naturelle.

Les voisins de Little Big Brother doivent aussi le prendre pour un dingo et le regarder avec condescendance alors qu’ils n’ont aucun élément pour le décoder.

D’ailleurs je ne vous cache pas que son état se détériore de plus en plus alors qu’il refuse tout traitement, que son amie a rompu et que l’éducatrice spécialisée qui le suit montre des signes de fatigue.

Pour en revenir au Phare, moi qui suis sensible aux odeurs, j’ai tout de même du mal à supporter le mélange d’eau de Cologne et de transpiration qui émane de l’Ogre du Phare.

Ah, l’intimité des ascenseurs !

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Les Chroniques de l’Ascenseur

Published inChroniques de l'Ascenseur

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