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GR20 : Quenza – Asinau – Bavella – Paliri – Conca

Mi-Avril 2015

Qu’on ne me dise pas que les Corses sont mal-accueillants.

Ceux que nous avons croisés nous ont littéralement guidés à travers la Corse sauvage qui m’était restée en frustration depuis une autre vie où je l’avais découverte de port en port.

En redescendant d’une via ferrata ensoleillée, un corse en baudrier nous pousse à préférer l’approche du GR par Quenza plutôt que par les bergeries de Tova, initialement prévue mais probablement encore enneigée.

Après le lift inattendu au font d’un pick up de pompier-pêcheur, la rando jusqu’au pied du mont Incudine nous fait passer par des décors parfumés et frais : les pins protègent les roses de noël (Helleborus argutifolius), l’eau ravine entre nos pieds dans une odeur d’humus, les pipes blanches de la bruyère arborescente (Erica arborea) mettent en valeur le maquis clairsemé de l’île.

L’échappée de ronces et de roches, foulées à trois ou bien seule, dévoile une Corse qui se mérite, au prix de l’obstination.

Au bout de nos pas chaotiques, il y a les refuges qui en l’absence de gardien à la mi-Avril sentent probablement tous le renfermé et le bois, à l’image de celui d’Asinau.
Heureux des derniers rayons du soleil pour aérer quelques matelas, nous vivons notre première fierté de marcheurs, en ces 1536m, après 7h de petits chemins.

La mienne se cristallise à encourager une gosse de 15 ans, au delà de ses limites, histoire de mettre en valeur les bienfaits du minimalisme, à un âge où tout ce qui brille surpasse le reste.
Sa fierté à elle est de dépasser une éducation psycho-rigide en découvrant que certaines de ses névroses sont plus celles de son ascendance, plutôt que les siennes. Elle s’attache cependant à balayer le refuge pour supporter une toute nouvelle liberté précaire mais poussiéreuse.

L’esprit est clair quand le dieu connectivité reste au niveau de la mer, pour sa plus belle opiniâtreté.

Le crépitement du poele accompagne les critiques culinaires du lyophilisé, suivies de parties de 10 000 propices à la confidence.

Le ciel, si pur en cette nuit, me rappelle le firmament dégagé des Pyrénées de mon estivale enfance.
Mon cœur déborde qu’Ange ait accepté de m’accompagner.

Espérons qu’il ne me tienne pas rigueur de dormir sur une table !

La vraie difficulté de fouler le GR20, si tôt dans la saison, est la vigueur des ruisseaux qui pimentent nombre de passages et emportent la tongue de la demoiselle, ainsi que ma témérité.
En ce nouveau matin lumineux, 2 heures harassantes nous échappent à chercher la passe du ruisseau d’Asinau, mais aussi à éviter la variante alpine pour ne pas effrayer notre invitée.

Pour tenir le timing, il faudra maintenant parcourir le reste du chemin au pas de charge …

… enfin celui de notre jeune amie qui pourtant donne tout ce qu’elle a.

A bout de souffle, quand nous pensons être à 800m à vol d’oiseau de la civilisation, le chemin devient celui de géants de pierres qu’il faut escalader avec 9, 13 et 16kg sur le dos.

Les forçats du trek, qui arrivent au col de Bavella 8h après le départ d’Asinau au lieu de 4h30 d’après le Rother, auront bien des difficultés à avaler les 2h restantes jusqu’au refuge de Paliri. Le constat ramène à la réalité : surtout ne pas dégouter la silencieuse Miss, ni improviser la montagne après 17h.

Notre petite aventure de GR20 en équipe s’arrête donc au col très touristique.
Un contraste violent.

A la terrasse de l’Auberge des aiguilles, la demoiselle devient subitement intarissable de fierté.

Elle ne s’en croyait pas capable (ni son père d’ailleurs) … pourtant elle l’a fait !
J’insiste donc pour qu’elle grave en elle la certitude de sa belle endurance.

Nous amorçons donc la route, à se faire des ampoules sur le bitume.
Le très raffiné directeur du site de Toulouse d’un fleurons européens nous prend en pitié dans sa voiture de loc.
Il réussit à me faire oublier la petite déception de lâcher l’affaire pour le bien de l’équipe, même si j’avais justement envisagé ce repli en cas de nécessité.

De retour au niveau de la mer, tout regret devant être éradiqué en général, ce contrat inachevé ne pouvait rester en particulier.

C’est donc reparti 2 jours plus tard, seule …
du Col de Bavella à Conca

… avec pour imposants chaperons les gars du Parc Régional de Corse, tantôt effrayants, tantôt paternalistes, qui tronçonnent les arbres affalés sur le chemin.

Ecrin d’inattendu, le pompier de Cantoli avait bien raison l’autre jour : les mouflons sont curieux de l’animal que je suis, à quelques mètres sous les raies de lumière de ce morceau de forêt presque mystique. Se figer c’est un peu les décevoir.

Mon plaisir erre avec la pensée, lavande papillon (Lavandula stoechas), terre ocre, parfum de maquis se mêlent à la fantaisie de mon imagination.
Et dire que ma belle-mère plaint cette solitude que je chéris.

Jeunes gens aux lourds sacs à dos ou jeunes militaires loin de passer inaperçus, décidément le coin est beaucoup plus visité en cette nouvelle semaine.
Le profil des amateurs de GR 20 semble être affaire de testostérone bien fraiche.

Oups, de ce point de vue, je fais un peu dépassée en date !

Je dévale jusqu’à la mer en course folle contre un nuage noir, histoire de ne pas faire mentir le bucheron du GR, certain que j’échapperai à l’orage.

Il aura raison.

De si haut, lorsqu’apparait la baie de Porto Vecchio ornée d’un voilier blanc minuscule, je respecte mieux les conquérants du dépassement de soi qui suivent les marques rouges et blanches avec persévérence, pendant 7 ou 14 jours.

Grossière erreur de débutante : la batterie de l’appareil photo n’a pas été rechargée avant de partir, aussi ces magnifiques images de montagne tombant dans la mer ne resteront qu’un trésor de mon cerveau.

Assise sur les marches de l’église de Conca, je savoure ces 7h30 de conquête personnelle (sur les 6h30 prévus par le guide Rother) en attendant qu’Ange vienne me récupérer au point de rendez-vous.

La PROCHAINE fois, il faudra vraiment
opter pour l’option UltraLight.

Published inAu fil des jours...Le ClanMontagne

2 Comments

  1. bulle bulle

    Belle Corse, c’est magnifique, Merci !!!

  2. delarue delarue

    Durant quelques minutes, le vent, les parfums, le mal au pied, le froid de l’eau des torrents, le bruit des chocs des cornes des batailles de bouquetins, est remonté du fond de ma mémoire, pour me transporter dans mes balades en montagne avec mon père.

    Merci

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