Skip to content

La Boudeuse 2009 – Journal de Bord n°5

Richard Madrange, le Bosco de La Boudeuse, n’en est pas à son premier tour du monde … il en a fait d’autres, à bord de La Jeanne ou du Clémenceau. Ce breton, amoureux de cotre de Carantec, a vécu plusieurs vies et s’est donné les moyens de faire évoluer ses compétences.

Ce voyageur, devenu ingénieur, éclaire les incroyables questions des badauds que nous sommes … comme une réponse à notre curiosité : Journal de Bord n°5, Terre – Océan, 02-12-09

« La discipline, l’organisation des taches ? C’est la mer et le vent qui commandent et le Capitaine en est l’interprète en fonction du navire, de son équipage, et de la mission. (…)
En mer c’est vivre au diapason de l’univers en suivant le mouvement des étoiles et des planètes. (…)
Comme ce sont des professionnels qui connaissent bien leur affaire, le travail est réparti selon les compétences de chacun et les choses se passent en bonne entente mais sans laxisme. (…)
Compte tenu de mon ancienneté à bord
(ndlr: enrôlé dans l’équipage de La Boudeuse en Sept 2006), j’essaye aussi de faire passer auprès des nouveaux embarqués les us et coutumes de La Boudeuse. (…)
La Boudeuse, c’est servir un projet et voyager avec l’esprit de l’aventure sous les
ordres d’un des dernier aventurier . »

Où signe-t-on ??

Qu’en est-il de ce nouvel équipage après la longue descente jusqu’au Sénégal ? Est-t-il conforme à « l’esprit » de cette aventure ? Pas d’ajustements comme ce fût le cas, aux Canaries, en Août 2004 ?
« L’Université Flottante » est probablement d’ores et déjà ouverte ?!

************************

2 Décembre 2009

Journal de bord N°005
(Au large du Sahara Occidental)
par Richard Madrange
Bosco

Eh monsieur vous faite partie de l’équipage ?
Oui

La Boudeuse, c’est un drôle de nom pour un navire
C’était le nom de la frégate de Bougainville

C’est qui Bougainville?
Pour faire court, c’était un Monsieur qui aimait la mer et les bateaux; il prenait soin de son équipage, trouvait la terre bien belle, était respectueux de la culture des autres. Un marin humaniste qui à bien servit la France.

Il est mort ?
Il parait.

Il n’a pas l’air tout jeune votre navire.
Çà c’est sur; c’est ce qui fait son charme et notre fierté de naviguer à son bord.
A l’heure des navires pilotés automatiquement et avant tout conçus pour le confort des passagers, ici c’est tout à l’ancienne à la force des bras.
A bord pas de fanfreluches décoratives, pas de superflu. Rien que du fonctionnel destiné à la bonne marche du navire.
Tout le gréement est l’héritage de l’époque des grands voiliers qui parcouraient le monde uniquement à la voile.
Il y a même certaines voiles comme la misaine qui étaient déjà utilisées par les premiers découvreurs de continents.
C’est tout un art de naviguer comme ça.
De tout cet ensemble, sous voiles ou pas, se dégage une émotion poétique dont ont ne se lasse jamais. C’est beau tout simplement.

Et le Capitaine pas trop dur, la discipline et tout ça ?
Ni dur ni mou. C’est un homme avec ses défauts et ses qualités, comme les autres.
Si les défauts dépassaient les qualités, je ne serais pas là à vous parler.
Il est parti de zéro pour mener à bien en expédition ce navire et son équipage autour du monde. Eh bien sauf erreur de ma part, des capitaines comme ça aujourd’hui vous pouvez les compter sur les doigts d’une main.
La discipline, l’organisation des taches ? C’est la mer et le vent qui commandent et le Capitaine en est l’interprète en fonction du navire, de son équipage, et de la mission.

Passer des jours en mer cela doit être lassant, il n’y a rien au large ?
Effectivement au large, pas de supermarchés, pas de voitures et ces milliers de choses matérielles utiles ou pas de la vie terrestre.

En mer c’est la vision de l’infini, rien n’arrête le regard, c’est la vue du premier matin du monde ou la présence de l’homme et du bateau semblent presque incongrues.
En mer comme dit le poète « c’est la porte du large ouverte à deux battants, c’est la vie en voyage vers d’autres continents ».
En mer c’est le spectacle sans cesse renouvelé du mouvement des vagues aux multiples couleurs.
En mer c’est l’esprit qui se libère jour après jour des multiples contraintes de la terre et vous fait atteindre « l’homme libre qui toujours chérira la mer » du poète.
En mer c’est vivre au diapason de l’univers en suivant le mouvement des étoiles et des planètes.
Couchers et levers de soleil sublimes, fascinante voute céleste.
En mer c’est la vie à bord à nulle autre pareille.
Le rythme immuable de la vie à bord ponctuée par les manœuvres, et les relèves de quart,
C’est le mélange subtil des relations entre membres de l’équipage, faites de promiscuité et de distance nécessaire; il me faudrait des heures pour vous décrire toutes cette vie du bord.

Vous avez des femmes à bord ?
Oui

Et alors ?
Alors rien; être marin n’est pas une question de sexe ou de muscle. A bord de La Boudeuse pas plus d’hommes que de femmes, des hommes tout court au sens humain du terme.
Quand à la force musculaire ici c’est « un pour tous et tous pour un ».
Je vais vous dire: être marin c’est d’abord aimer la mer et les bateaux. C’est aussi savoir vivre en équipage à la mer, faire les astreintes nécessaires sans rechigner, bref savoir prendre sur soi car à la mer les choses les plus insignifiantes à terre comme par exemple, marcher, se nourrir, prennent une autre dimension. Elles deviennent plus dures et plus compliquées.

Vous faites quoi à bord ?
Bosco

C’est quoi ?
Au siècle dernier, c’était  le maître d’équipage. Indispensable intermédiaire entre les matelots et les officiers, il était chargé de faire exécuter les ordres de ces derniers, car un officier n’adressait jamais la parole à un matelot.
Bien avant il administrait les coups de fouet des punitions.,
A bord de La Boudeuse, rien de cela bien sur. Le bosco a une petite équipe de gabiers pour assurer l’entretien du gréement et du pont. Comme ce sont des professionnels qui connaissent bien leur affaire, le travail est réparti selon les compétences de chacun et les choses se passent en bonne entente mais sans laxisme.
Compte tenu de mon ancienneté à bord, j’essaye aussi de faire passer auprès des nouveaux embarqués les us et coutumes de La Boudeuse.

Vous n’êtes plus très jeune pour faire ça ?
Si je suis la c’est que j’assume mon travail comme les autres y compris monter dans la mature par tous les temps.

Le jour ou je ne pourrais plus assurer cela, tout en conservant ces moment parmi les meilleurs de ma vie, je me consolerai comme je le fais l’été en navigant à bord de mon voilier dans ma chère et belle Bretagne.

29 novembre 2009

http://archive-org-2014.com/open-archive/3538351/2014-01-15/http://la-boudeuse.org/journal-de-bord/journal-de-bord-n%c2%b0-005/

Published inTerre - Océan

Be First to Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Laisser ces deux champs tels quels :

Protégé par Invisible Defender. 8 291 spammeurs ont vu s'afficher une page d'erreur 403.

*
To prove you're a person (not a spam script), type the security word shown in the picture. Click on the picture to hear an audio file of the word.
Anti-spam image