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Le Marigny

La réserve n’est pas très éclairée, plutôt encombrée mais elle fleure bon le tabac ‘frais’

Le terrain de jeu est fascinant pour une petite imaginative, se frayant un chemin parmi les cartons de toutes tailles. Mais comment monter dans un carton vide aussi haut que soi-même, sans le renverser, ni l’abîmer ?

Au meilleur endroit où se réfugier les chaudes après-midi d’été, les immenses étagères recèlent de trésors sucrés et colorés, véritable pactole sous l’œil de l’enfant gourmande qui s’en rempli les poches avec discrétion, de peur qu’on lui reproche de manger le fond de commerce.

A peine 7h, les quotidiens sont déjà en place quand la sonnerie annonce le premier client franchissant le seuil du magasin pour obtenir son journal ou quelques cigarettes.

Ils défileront ainsi la journée durant, l’un souhaitant entrer avec son vélo, l’autre cachant son magasine coquin dans un autre très respectable. Le lecteur au long cours aimerait bien s’assoir pour finir Géo, ce qui lui éviterait de l’acheter. Les enfants ‘touche à tout’ réclament sans cesse une friandise alors que leur père voudrait savoir combien il doit « pour ce timbre à 2,20 francs ». Et puis, Madame souhaite qu’on lui change sa pile de montre et demande un paquet cadeau pour cette boite à musique jouant le lac des cygnes.

Les semaines de plus grande effervescence encore, les automobilistes viennent quérir les précieuses vignettes qui taxent leur véhicule, entre un loto et une revue de mode. Les grands livres rentreront au coffre, ce soir, un peu plus légers alors que le Trésor Public sera lui, un peu plus riche.

L’époque n’est pas informatisée ou si peu … alors l’inventaire dure le week-end entier, à recenser bibelots, papeterie, magasines ou cartouches et papier à cigarette, sous les bulles opaques des puits de lumière de la réserve.

Derrière le présentoir des cartes postales, de mariage ou de baptême, une porte dérobée mène au petit cœur administratif, quartier général des grandes personnes, où sont gérés l’approvisionnement, les invendus, la compta, etc.
Les cahiers de l’écolière sont si petits sur ce vaste bureau, où le téléphone à cadran trône à la droite du gigantesque sous-main, alors que sur la gauche, le coupe papier a été délaissé à la va-vite, sûrement parce qu’ « un client n’attend pas ».

Mais le centre névralgique est le comptoir.
Par une rapidité qui n’envie rien à la grâce, la buraliste a tôt fait de taper sur sa caisse et de rendre la monnaie sans que la machine ne lui souffle le montant dû.
Dans les pochettes sous le comptoir, sont gardés Voiles&Voiliers, Le Point ou France-Dimanche, pour les habitués, leurs bons mots et quelques sourires charmants.
Dans le peu de moments creux, les rangées de paquets sont remplies afin que les renfrognés ne critiquent que le prix injustement élevé de leur Marlboro à 10 francs.

Derrière la vitrine, ils passent sans même relever les yeux. Où vont ces gens ? Pourquoi ne s’arrêtent-ils pas ? Le feu tricolore joue sa scène cyclique, libérant sa quantité habituelle de voitures. Ah … celui-ci attache son chien, mais il attendra quelques minutes avant que les 3 clients le précédant soient servis.

Beaucoup de ceux qui passent régulièrement la porte, finissent par distiller un peu de leur vie privée, se dévoilant chaque jour un plus par plaisir ou par besoin du contact. En plein coup de bourre, le commerçant ne se dépare cependant pas de sa courtoisie à l’ancienne. 🙂

Au fur et à mesure des années, la gamine saura les remplacer en tout point, derrière le comptoir.

Pour le moment, il est 20h. Le rideau de fer est baissé, le sol a été lavé, la caisse est juste, les quotidiens du jour restants sont ficelés.

Il est l’heure de rentrer à la maison.

 

Published inAu fil des jours...EnfanceSe Definir

8 Comments

  1. bulle bulle

    tout simplement!!! Merci …………..

    Il ne faut pas être trop modeste…
    c’est aussi intéressant d’avoir des sujets diversifiés , mais pas plus facile……

  2. bulle bulle

    peut on avoir l’adresse du blog de Marie Claude
    « l’heure mauve » ???

  3. C’est sympa de me dire ça.

    Pour l’heure mauve, j’ai trouvé que tu nous emportais dans un univers formidable et j’ai bien aimé.

    Mais toi, tu es ‘de lettres’, moi je n’ai pas ce fond littéraire qui permet de construire comme il se doit. Du coup, le blog qui permet de changer de sujet chaque jour, chaque heure, qui laisse libre d’utiliser une multitude de styles et de tons est plus facile pour moi.

    C’est vrai qu’à force j’ai eu l’idée de regrouper les posts par thème. On ne sait jamais, un peu retravaillés et surtout liés de façon adéquat, ils pourraient me servir de trame.

    J’adorerais ça.

    Mais il faut aussi de la matière et ma vie me semble bien anodine pour avoir la prétention d’intéresser sérieusement.

    ‘Parcours hors du commun’ ? Alors là, ça m’interpelle. Qu’y a-t-il de bien hors du commun dans ma petite vie ?

  4. Mon propos n’est pas là, pourquoi n’écris-tu pas? Tu le fais bien, et tu as un parcours hors du commun…

  5. J’ai lu. En effet c’est joli.

  6. Tu devrais faire ce que j’ai essayé dans l’heure mauve dans mon blog, et écrire tous ces souvenirs d’enfance. Ils sont tellement savoureux et parfumés.

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