Puisque le monde globalisé veut nous soumettre aux joies du supermarché et nous ligoter dans le corset des régulations, choisissons l’aventure ! Elle est le contrepoison à ce cocktail lytique, mixte de prévoyance et de modération que les laborantins marchands et les sorciers technocrates nous préparent sur leurs paillasses. L’aventure pourvoit les vertus que les gestionnaires du parc humain (pour reprendre la terrible expression du philosophe allemand Peter Sloterdijk) s’emploient à combattre de toutes leurs forces administratives : la responsabilité individuelle, l’imprévu de l’existence, l’audace morale et physique.
L’aventure apporte le danger : un marin avouait, l’autre jour, à la radio, que dans une perspective purement juridique la course du Vendée Globe, avec ses esquifs jetés dans la broyeuse des quarantièmes rugissants, n’était pas une manifestation légale.
L’aventure exhorte à la curiosité, invite à se détourner des écrans pour regarder par la fenêtre. Moyen ardu d’accéder à l’essentiel, elle prétend que les explications officielles ne sauraient être tenues pour acquises. Une force qu’on appelle la curiosité empêche les cœurs aventureux de se contenter de ce qu’ils ont appris.
Sylvain Tesson, L’Aventure pour quoi faire ?
(Points – Aventure, Avril 2013, p42)
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