La boite est là sous les fleurs.
L’émotion monte quand les frères et soeurs arrivent, en embrassant chacun.
Qui suis-je pour laisser couler les larmes alors que son épouse, son fils et sa fille restent si dignes.
Les lunettes noires prévues à cet effet glissent de ma tête à mon nez.
L’empathie m’est parfois un handicap.
Imperturbable, Ginkgo (8 ans et 4 mois) me fait remarquer que mes jambes tremblent.
On ne la lui fait pas, à lui, le rationnel !
L’assemblée est dense alors que le prêtre résume la vie de l’homme, investi dans son travail et chaleureux auprès de sa famille.
Il est là de tout son long, dans la boite en chêne.
J’ai du mal à réaliser qu’il n’y a plus un souffle de vie.
Les enfants et moi ne l’avons vraiment connu que depuis que le cancer avait décidé de lui mener la vie dure.
Le prêtre s’évertue à décliner tout ce qu’il y a eu de beau, de vrai, de grand durant les 60 années de vie de celui qui git là, devant l’autel.
Au seuil de la mort, c’est donc cela avoir réussi sa vie : l’avoir emplie de beau, de vrai, de grand !
Inlassablement, le refrain revient encore et encore.
Il ne faut donc pas mourir aujourd’hui, sinon mes proches sécheront pour l’homélie. 😉
Les textes, les chants, je n’entends rien.
Je le vois juste sourire au fantasque comportement de Petit Biloba (2 ans et 10 mois) assis sur son lit d’hôpital.
Après plusieurs minutes de marche derrière le corbillard, mon sac se retrouve à terre. La lanière s’étant rompue, j’ai une pensée pour l’esprit qui cherche la voie.
Question glissée à l’oreille de Ginkgo alors que nous arrivons au cimetière :
– Tu ressens toute leur tristesse ?
– Non. répond-t-il d’un ton franc, froid et détaché.
Manifestement, droit comme un i, cet enfant n’a pas hérité du super-pouvoir de l’empathie ou bien il se protège de la peine environnante.
Mais quel est ce mystère qui anime les corps ou qui les abandonne ?
PS : Ange et moi avons choisi d’emmener les enfants aux funérailles parce que la mort fait parti de la vie, parce qu’ils ne doivent pas en avoir peur.
Ils pourront faire leur choix de vie en connaissance de cause.
Ils ont apaisé les adultes. Il manquait d’autres enfants …


Encore un parti du cancer. Vous avez eu raison d’emmener les enfants. Connaissant cette personne, c’est pour eux la possibilité de réaliser pourquoi ils ne pourront plus la voir. En plus, les enfants ont une autre façon d’accepter et de percevoir la mort que les adultes.