Skip to content

Histoire ordinaire … entre Nord et Sud.

Cela commence au printemps par un voyage avec son mari dans de magnifiques îles arides de l’Atlantique. La cinquantaine n’a en rien entamé sa capacité d’émerveillement, d’une intelligence affutée, la belle a mené jusque là sa vie trépidente, avec lucidité et entreprise. Elle danse, elle s’amuse dans cette ambiance rythmées par les percussions.

Le séjour n’aura pas été long dans cette île montagneuse de toute beauté. Tout au plus 3 jours, le temps d’une belle randonnée, d’une danse et d’une innocente discussion avec un gars du coin, autour d’un punch. La belle s’envole vers une autre île, avec son mari.

En dur – L’île (Juillet 2011)

Un soir oppressée par un endroit touristiquement détestable, le téléphone à la main, elle compose le numéro de l’homme sans trop chercher pourquoi. La voix masculine est ensoleillée, voire enjouée. Dès lors ils s’appelleront tous les jours pendant 2 mois 1/2 avides de créer plus qu’un lien.

De l’affection entre elle et son mari, il y en a, mais les épreuves passées ont peut-être réduit leur relation à cela. Son époux n’est-il pas plutôt devenu son meilleur ami ? Les enfants approchant la trentaine, il est temps qu’elle vive pour elle. Revenir sur l’île pour vivre sa nouvelle complicité l’obsède donc. Elle n’aura de cesse que de s’imprégner de cette culture afro-portugaise.

L’été approchant, elle met dans ses valises le nécessaire pour 5 semaines de mer et de montagne ; des affaires qu’elle offrira ensuite en partant, ainsi que quelques cadeaux bien réfléchis.

L’exaltation de l’inconnu l’emporte, avec fébrilité
mais sans trop l’ébruiter, elle part le rejoindre.

Dans ce village de pêcheurs, il lui fait découvrir une vie simple et avenante, entourée d’enfants et d’une famille parfois en demi-teinte. Elle ne s’était pas trompée, l’union est plutôt réussie. Même si l’homme est par moment péremptoire et ténébreux, sa convivialité et sa passion sont sans commune mesure. Elle ne saurait rien lui refuser.

Grâce à lui, l’amoureuse se frotte à la rude vie des familles de la montagne émerveillées par la projection d’un film de baston, dans une ambiance de liesse inimaginable. Elle parcourt à pied les paysages déchiquetés de l’île jusque dans sa partie la plus reculée, rencontrant chacun avec simplicité. Un barbecue sur les rochers, des nuits étoilées sous la tente, l’exploration des grottes et de vertigineuses cultures en terrasse, que d’expériences inoubliables …

Perlé – L’île (Juillet 2011)

De retour au village, elle s’interroge sur la place des femmes dans cette société. Imprégnée de ses us européens, elle n’apprécierait guère être cantonnée à la cuisine et aux taches ménagères. Mais il n’en est pas question, avide de comprendre cette nouvelle culture, elle aime à discuter avec les gens du village. D’ailleurs elle a fait d’incroyables progrès en portugais. Mais elle reste agacée de ne pas comprendre ce qu’ils disent en créole.

A quoi s’occuperait-elle, si elle devait venir s’installer plus longtemps ? Elle cherche, elle observe et elle vit l’instant. Que la Morabeza est douce … Les soirées musicales l’emplissent d’émotions, elle est comblée par l’attention de son chevalier servant même s’il arrive qu’il disparaisse sans prévenir, pour quelques obscures raisons.

Le jour, la jeune fille de la famille ne la lâche pas d’une semelle. La gamine, d’une grande curiosité, fouille ses valises à la recherche de ces trésors merveilleux qui la font rêver à une autre vie. La maman de cette enfant et de ses deux frères est partie, alors l’amoureuse pourrait bien faire une mère de substitution, tout a fait extraordinaire.

Quel scandale, quel chambardement ! Elle reçoit des coups de fil de son futur ex-mari curieux mais affligé par son départ. Il est encore si attaché à elle. Peut-être changera-t-elle d’avis s’il arrive à la convaincre que les vingt ans d’écart avec son bel amant n’ont aucune chance d’aboutir à une relation sérieuse.

Tout n’est pas rose, elle voit bien la misère autour d’elle. Elle souhaiterait aider au mieux en s’investissant dans un projet qui en vaille la peine. Si lui semble inconstant pour son avenir, sa famille voudrait justement faire du pain pour le vendre. Quoi de mieux qu’un four pour aider à la subsistance ! Elle donne donc ce qu’il faut et voit l’accomplissement de tant d’efforts par l’inauguration du four, un soir sans lune.

Sabine’s cats – L’île (Juillet 2011)

Mais voilà les 5 semaines sont déjà écoulées.

La mort dans l’âme et des questions d’avenir plein la tête, elle rentre en Europe tout en essayant d’échafauder des plans futurs compatibles avec son caractère indépendant et sans renier sa vie. Son mari est effondré de la voir tant s’éloigner et tente de lui montrer les potentiels aspects sordides de sa belle histoire.

Investie dans cette nouvelle culture, elle rencontre les projets de développement des émigrants qui lui donnent d’ailleurs des cours de créole. Quand la connexion n’est pas coupée, elle peut voir les yeux et les dents blanches de son amoureux derrière l’ordinateur portable qu’elle lui avait apporté. Comment concilier son amour, une nouvelle vie et son épanouissement personnel sans sombrer financièrement et tout en restant présente auprès de ses enfants et de ses petits enfants ?

Les semaines passent, les mois passent et l’urgence de revenir dans l’île devient de plus en plus pressante. Certes, le rapport à l’argent n’est pas toujours très clair mais l’attraction est incoercible.

A son retour sur l’île, ce qu’elle découvre de la saison des pluies ne ressemble en rien à l’ambiance de l’été. La mer est trop déchainée pour la pêche et des trombes d’eau dévalent la rue principale vers la port. Les 20 cm d’eau sur la cale oblige à marcher pieds nus. Mais quoi faire pendant les pluies ? Le bois humide ne permet pas d’allumer le nouveau four. Impossible de mettre les pieds en montagne de peur des éboulements. Son homme se fait un sang d’encre, la pêche n’étant pas mirifique. Que se passera-t-il si cela dure trop longtemps ?

A nouveau, elle rentre en Europe pour faire prospérer son affaire, en attendant que tout se mette en place afin de revenir plus longtemps.

Et puis avec l’automne, la confiance vole en éclat …

Domestic maracuja – L’île (Juillet 2011)

La belle apprend que l’homme si investi, si présent malgré la distance, si complice, si sensible par certains cotés entretient des relations, plus ou moins du même type, avec 3 européennes en même temps.

Elle ne l’aurait probablement pas su si l’une d’elles plus soupçonneuse que les autres n’avait pas découvert la réalité de sa vie, en ouvrant la boite mail du bellâtre.

Instantanément certains regards, certains mépris, et aussi certaines rivalités observées sur place deviennent limpides. Comment peut-il vivre l’instant avec autant d’implication devant un entourage au fait de ce que ces dames n’imaginent même pas ? Elle saisit enfin pourquoi il a tant de difficulté à s’accrocher à un projet de travail. Pour quoi faire ?

Le four aura été financé deux fois …

Évitons les généralités, il arrive que certains amants soient blessants par évanescence mais finalement tellement plus honnêtes.

Froidement, les plus ou moins bien pensants peuvent s’étonner de la naïveté de la belle et se dire qu’il ne fait que prendre l’argent là où il est. La vérité est que cet homme-là est capable d’une extraordinaire sincérité dans l’instant …

… dans l’instant !

Portrait

Published inAir du TempsAu fil des jours...Cap VertHombrePhotographiePortraitSociété de Consommation

3 Comments

  1. L’un et l’autre y trouvent ‘leur compte’ voire ‘leur conte’. Même si l’histoire fait parfois mal, ils l’auront en effet vécue avec intensité.
    On fait ses expériences à tout âge.

    Et j’ai hâte de savoir comment l’histoire évolue ! 😉

  2. Sophie Sophie

    Une belle histoire ordinaire de gens extra ordinaires, qui nous ressemblent tellement que nous avons ressenti la beauté de ces moments échappés des routines de nos quotidiens occidentaux, et sans doute aussi des routines quotidiennes de ces îliens. Il n’y a aucun regret à avoir. La belle est ma soeur. Elle vit avec intensité et c’est la qu’on reconnaît l’humanité en nous. Prenez tout ce que la vie vous offre, elle est si courte et si belle, rien ne doit être évité…

  3. bulle bulle

    lorsque j’ai commencé la lecture de l’histoire, j’ai été surprise que ce soit elle qui appelle la première, sans doute ma vieille éducation……,
    puis à la suite de la lecture j’ai découvert qu’il y avait une génération d’écart entre les deux….. encore plus étonnant…..
    Alors la fin de l’histoire n’est en rien surprenante….finalement, il n’a fait que se servir du plat qui lui était offert, puisque ce ne sont pas les scrupules qui étouffent ce monsieur….dommage pour la Dame !!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Laisser ces deux champs tels quels :

Protégé par Invisible Defender. 5 305 spammeurs ont vu s'afficher une page d'erreur 403.

*
To prove you're a person (not a spam script), type the security word shown in the picture. Click on the picture to hear an audio file of the word.
Anti-spam image