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La Boudeuse 2010 – Journal de Bord n°13

Sophie Mousset … Voilà un nom que j’ai découvert en m’intéressant de plus près à Gérard Chaliand, M. Mousset !!
Et notamment à travers ce livre, écrit à quatre mains, et proposant leurs coups de cœur, à travers les cinq continents : Le Guide du voyageur autour du monde

Dans le Journal de Bord n°13 (Terre-Océan), Sophie Mousset raconte l’incursion de quelques membres de l’équipage de La Boudeuse, à bord de L’Audacieuse, patrouilleur de la Marine Nationale.

L’équipage de La Boudeuse est sur tous les fronts, à s’intéresser à tout ce qui l’entoure. Lors des précédents tours du monde, les missions semblaient très séquencées. (Mais c’est peut-être un effet des films ayant suivis.) Ici, la rencontre des Sakuddaï, là une étude volcanique, de ce coté le tracé d’une rivière,  par ici la rencontre avec les Rapa Nui et puis là, le retour en terre Yuhup, etc.
L’expédition Terre-Océan me parait plus entrelacée. Les uns partant à la recherche des punaises, les autres à la rencontre des orpailleurs clandestins, pendant ce temps là on prélève toute espèce de poisson, on explore scientifiquement des coins reculés de Guyane, on fait varier l’équipage au grès des besoins, des disponibilités.

On note, dans cette partie de territoire français une très étroite collaboration  avec les Forces Armées Françaises : point d’appui logistique, source de renseignements, moyens à disposition, etc.

Ça part dans de multiples voies …

… La synthèse va être d’autant plus complexe !

Précédemment : La Boudeuse 2010 – Le ramdam des bleus n°2

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31 Mars 2010

Journal de bord N° 013,

par Sophie Mousset,

écrivain du bord.

Kourou, le 28 mars 2010,

Jean-Marc Leforestier, second capitaine de La Boudeuse, Fernando Guillot, lieutenant technicien, Hervé Jonquais, gabier, Mélanie Théodore, lauréate du concours BNPParibas jeunesse, et moi, écrivain du bord, venons de passer cinq jours à bord de L’Audacieuse, patrouilleur de la Marine nationale. Compte tenu de la mission générale de La Boudeuse, nous participions à l’opération de surveillance des eaux territoriales de ce patrouilleur chargé de protéger la zone de départ de la fusée Ariane, prévu le 25 mars – mais reporté plusieurs fois – et de confisquer les bateaux de pêches étrangers qui mettent en péril l’écosystème que l’État essaie de protéger au large de la Guyane.

Parmi nous, seul Hervé Jonquais, quartier maître chef dans la Royale, était un habitué des « bateaux gris », même si plusieurs d’entre nous en avions déjà visités quelques-uns. Nous nous sommes rapidement familiarisés avec quelques abréviations (O2 et O3 : les officiers juste après le « pacha », ou commandant, OM : officier marinier, « pospass » : poste passager pour l’équipe d’intervention en visite, Zérac : quart de minuit à quatre, navres, navigation en eaux resserrées, etc.). Deux bannettes furent isolées pour Mélanie et moi et le quartier maître Sainte-Rose nous confectionna une charmante pancarte avec la mention : « ne pas entrer » sous un dessin de femme stylisée, à accrocher à la porte de la salle de bains pour que nous puissions nous doucher en toute tranquillité.

Sur les cinq jours, nous nous répartirons à tour de rôle pour les repas dans les trois carrés: cafétéria, carré OM, carré officiers, ainsi que dans les différents quarts à la passerelle. Mélanie et moi avons le « Zérac » ce soir, mais je demande que l’on me réveille en cas d’intervention, avant ou après mon quart. Á dix heures, une main vient me secouer : « intervention ! ».

Je mets quelques minutes à m’adapter à l’obscurité de la passerelle : nous naviguons tous feux éteints pour pouvoir surprendre des pêcheurs étrangers en activité, on ne distingue que les lueurs des appareils de navigation. Deux tapouilles ont été repérées, au radar d’abord, puis visuellement. Leur vitesse, autour de deux nœuds (un peu moins de quatre kilomètres à l’heure), indique qu’elles sont bien en train de pêcher. L’équipe d’intervention se prépare rapidement et embarque sur le zodiac. Jean-Marc Leforestier les accompagne, je lui confie un appareil photo après l’avoir soigneusement emballé dans plusieurs étuis plus ou moins étanches : la mer est assez agitée.

La premier bateau est guyanais, rien à dire, il respecte les consignes, mais le second est surinamien, il ne doit pas pêcher dans ces eaux. L’O2, commandant en second, demande les papiers du capitaine, surinamien, ainsi qu’un autre pêcheur. Ils sont accompagnés de trois Guyaniens (habitants du Guyana). Ils se montrent pleins de bonne volonté et remontent leurs filets de pêche sans discuter, cela prendra environ quatre heures. Une équipe de surveillance est laissée sur la tapouille qui sera déroutée au petit matin vers Sinnamary où le bateau sera confisqué par la gendarmerie et leur pêche saisie. L’ExCdus ne viendra plus pêcher dans les eaux françaises. Pendant ce temps, à la passerelle, je suis tous les échanges par VHF :

– Vous ne craignez pas qu’ils captent vos communications ?

– Ils n’ont ni VHF ni GPS ni cartes, ils naviguent aux étoiles, ce sont de vrais marins… me répond l’officier de quart.

J’apprécie le respect qu’il porte aux hommes qu’il se doit pourtant de pourchasser. Cette attitude se vérifiera chez tous les marins de l’Audacieuse : jamais je ne les ai entendus déprécier ces hommes qui pratiquent un pêche illicite parce qu’il n’y a plus assez de poissons dans leurs eaux. Ils sont pauvres et courageux, ne sont pas agressifs, contrairement aux Brésiliens qui peuvent l’être et sont parfois armés.

Dans la matinée du lendemain nous récupérons notre équipe d’intervention aux yeux cernés, les visages marqués par cette nuit passée sous la pluie sur un bateau gluant de poissons, empêtrés dans les filets.

Dans la journée il y a peu de chance de trouver des pêcheurs clandestins, malgré la couleur grise du bâtiment, l’Audacieuse ne passe pas inaperçue. Nous sillonnons la zone de sécurité qui entoure Kourou pour éviter toute intrusion de bateau étranger aux alentours de la zone de lancement de la fusée. Le lendemain, un bateau vénézuélien refuse de répondre à nos communications VHF. Le bateau est en train de quitter les eaux territoriales, il marche à plus de six nœuds, il n’est donc pas en pêche. L’équipe d’intervention se prépare à nouveau. Très vite, le zodiac s’éloigne du patrouilleur chargé de ses hommes en armes et rejoint le Nueva Denis I. La VHF du navire est simplement défectueuse, celui-ci revient de Cayenne où les Vénézuéliens ont l’autorisation de vendre le fruit de leur pêche. Fausse alerte. Nous continuons à sillonner la zone de sécurité ; pendant ce temps, des exercices d’incendie et de tirs (au fusil à pompe, fusil mitrailleur calibre 7.62 mm, pistolet automatique HK 9 mm et canon de 20 mm) sont organisés. Les marins de La Boudeuse participent à l’entraînement ainsi que Mélanie Théodore. Deux soirs de suite nous mouillons aux îles du Salut. Les marins organisent un barbecue et tout le monde met la main à la pâte pour confectionner les brochettes et les papillotes. Sur le pont arrière, la température est douce, la musique légère, la cuisine savoureuse. Après quelques verres, les deux équipages se mélangent et confrontent leurs expériences, tant humaines que professionnelles. Le patrouilleur vit l’une de ses dernières sorties ; bientôt, il sera désarmé et l’équipage embarquera sur un autre patrouilleur, La Gracieuse. Il a pourtant mis du cœur et du temps à entretenir et réparer L’Audacieuse ; de l’amertume se laisse sentir. Lors des repas suivants, les questions sur notre beau Trois-mats et notre vie à bord fusent. Nous invitons ceux qui le pourront à nous rendre visite pendant la période d’entretien et d’immobilisation de La Boudeuse à Kourou, jusqu’au 5 avril.

Nous profitons du repos au mouillage pour acheter quelques souvenirs de ce bateau appelé à disparaître après son retour en métropole : des boucles de ceinture, un Zippo, quelques t-shirts et polos… L’accueil des marins nous a touché, leur vie au jour le jour, sur ce bateau qui « bouge » beaucoup (nombre de membres de l’équipage porte un patch contre le mal de mer derrière l’oreille), leur discipline, leur humour, leur disponibilité et la fierté qu’ils éprouvent à faire du bon travail, nous émeuvent. Ils savent quand ils embarquent, ne savent jamais quand ils reviendront, ni s’ils auront le temps de prendre leurs congés sans qu’on les rappelle.

Ils nous ont gâtés, nous ont évités les corvées tout en nous faisant participer à toutes leurs manœuvres, nous permettant même de barrer l’Audacieuse, quant à la « cuisse » (le cuistot), il s’est surpassé et je crains que nous n’ayons pris un ou deux kilos, malgré ma lutte contre un mal de mer insidieux.

Aujourd’hui dimanche, quelques marins du patrouilleur, accompagnés de membres de leur famille, viennent visiter La Boudeuse ; nous sommes fiers de leur faire visiter à notre tour notre navire d’exploration et de boire un dernier verre avec eux. Deux ou trois des posters de La Boudeuse, peut-être, orneront bientôt les carrés de leur nouveau bâtiment.

L’Audacieuse, la bien nommée, nous te saluons et te rendons hommage, à toi et à ton équipage. Nous ne vous oublieront pas.

Je remercie tout l’équipage, en particulier le commandant, Ludovic Esquivié, et ses officiers, pour leur disponibilité à répondre à nos questions et l’amabilité de leur accueil.

http://archive-org-2014.com/open-archive/3538351/2014-01-15/http://la-boudeuse.org/journal-de-bord/journal-de-bord-n%c2%b0-013/

Published inLivreTerre - Océan

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