Intimité confiée par une complice ou
réminiscence résistant mal à l’écoulement du temps ?
Comme souvent, ces deux-là sont pratiquement les derniers à monter l’escalier, égayés mais sans mot dire. Tout autour d’eux, l’ambiance est sombre, emplie du sommeil des braves.
Elle revoit le regard à la fois conquis et dubitatif qu’il pose sur elle à cet instant. Peu importe ‘quoi en penser’, il est trop tard pour les histoires compliquées. Malgré l’euphorie de la soirée un brin éthanolée, le programme du lendemain s’annonce intense. Elle grimpe donc vers le sommeil.
A peine allongée là-haut, le corps relâché des tensions de la journée, un murmure se fait entendre. Elle se penche dans l’obscurité pour mieux le comprendre et réalise que ses lèvres rejoignent les siennes, doucement, comme une permission subtile.
Occurrence irréelle, insoupçonnable à la pleine lumière des usages, qui vacille entre inédite sollicitude et tentation désinhibée.
Couché, un étage plus bas et probablement porté par la simplicité de l’instant précédent, il cherche sa main, la trouve, la caresse délicatement.
S’en tenir au fin’amor aurait été plus avisé, seulement elle se glisse près de lui, sans préméditation. Entre ses bras, une bribe d’agréable intemporalité est soustraite à la droiture de ses principes.
Il finit par couper court à la conjoncture, prétextant l’impossibilité de fermer l’œil si elle ne réintègre pas sa couchette. Elle suppose avoir brisé le charme par l’initiative spontanée de son libre esprit. Le Rubicon est franchi.
Au matin, la parenthèse s’est évaporée.
Et plutôt deux fois qu’une.
Toutefois, ce regard si particulier, elle le surprendra quelques mois plus tard, un matin d’hiver, trop survoltée pour y attacher plus d’importance sur le coup.

Sur le point de partir, l’élégant dépose une clef autour du cou de son invitée, assortie d’un compliment. Craignant une nouvelle volte-face qui ferait voler en éclat leur complicité, déjà à rude épreuve depuis un moment, elle garde ses distances, comme une gosse au bord de l’incertitude, échaudée, peu habituée à être ménagée par ses soins.
Peut-être joue-t-il par habitude, peut-être pas.
De retour après une longue journée, son inclination a immanquablement changé. Cause ou conséquence, décidément ils ne partagent pas le même timing. Badinage et humour feront l’affaire, comme toujours de bonne compagnie.
La nuit tombée, il lui offre naturellement une place au creux de son épaule. Attentive aux confidences de la pénombre, sa main parcourt son torse, alors que du pouce, il lui caresse lentement le bas du dos.
Il n’envisage pas de gouter son sein, à l’image de ce jour où in-extremis les impératifs ferroviaires ont repris la main.
Accord tacite, principes ou défaut d’audace, la bulle restera intacte. Peu importe la raison, ils ont trouvé leur distance, même rapprochés.
Au point du jour, le réveil mettra fin à un sommeil agité (qui lui donne raison sur ce point… ). Mais avant de reprendre séparément le cours de leur vie, elle souhaiterait juste qu’ils restent encore un moment comme ça, l’un contre l’autre dans la torpeur matinale. Il consent à ce luxe.
La chronologie se brouille, les détails se décomposent.
Ni leur heure, ni leur histoire, ils oublieront ces digressions.
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