Un enfant qui ex-prime ne garde pas en lui. Il a mal, certes, mais la douleur n’a pas le pouvoir de le détruire. A l’aide des larmes, il la traverse.
Un enfant qui doit taire ses larmes enferme en lui sa douleur. Il est seul avec elle. Il se replie sur son mal. Une part de son énergie psychique s’emploie à donner sens à cette douleur, à contenir les émotions, à moins souffrir. Toute cette énergie n’est plus disponible pour s’épanouir, apprendre, travailler à l’école ou établir des relations avec des copains. Il risque de sortir diminué de l’épreuve. Tôt ou tard, il exprimera sa détresse par un symptôme. Ses parents ne l’identifieront malheureusement pas toujours comme tel. Eczéma, pipi au lit, refus de s’alimenter, mauvaises notes, violence ou dépression sont quelques-uns de ces symptômes possibles … Les émotions peuvent rester enfouies des années et ne tenter une sortie qu’à l’âge adulte. Altérant la perception de la réalité, elles induisent échecs professionnels, mariages malheureux, erreurs et conflits. Les émotions explosent alors devant le licenciement ou le divorce ou implosent en cancer ou infarctus.
Les épreuves jalonnent la vie de tout humain, il est inutile d’en provoquer pour le blinder. Au contraire, aider un enfant à rester solide face à l’épreuve, à la traverser sans dommage, c’est l’accompagner dans la construction d’une base de confiance en lui, en ceux qui l’entourent et en la capacité de libération des émotions.
Le déni des émotions, le blindage, nous donnent l’illusion de passer entre les gouttes, mais nous savons aujourd’hui combien cette répression émotionnelle est toxique pour la santé physique et psychique. Les émotions sont les outils dont la nature nous a dotés pour faire face aux difficultés de la vie, pourquoi s’en priver ?
Isabelle Filliozat, Au cœur des émotions de l’enfant, p 260,
Editions Marabout Education
Voilà donc la réponse à ma question : “les mômes qui ont une enfance sans histoire, plutôt sympa, quasi équilibrée, ne feront-ils rien d’exceptionnel ??” Question qui revenait à demander : “Faut-il blinder nos enfants pour les rendre aptes à la ‘vraie vie dure et sans merci’ ?”
Be First to Comment