Il y a 3 ans, Miss Démêlage me demandait pourquoi il était si important pour moi de protéger la petite enfance de Petit Ginkgo.
Par protéger, elle entendait être si impliquée, rester avec lui lors de sa première année, l’encourager à l’autonomie, lui trouver une nounou aimante et intelligente, être particulièrement à l’écoute et lui permettre de s’adapter aux situations.
J’ai longtemps gardé en moi cette question car elle me paraissait hors de propos.
En effet, pour moi, entourer le petit enfant tant qu’il n’a pas suffisamment de compétences et de maturité pour se protéger lui-même est de la responsabilité de ses parents.
Je ne faisais donc rien d’autre que mon devoir.
Mais je ne suis pas aveugle et me rend bien compte que beaucoup de parents font des choix différents qui, de l’extérieure, semblent ne pas poser plus de problème aux enfants.
Ayant fraichement conseillé le livre d’Isabelle Filliozat, Au coeur des émotions de l’enfant, j’étais en train de le relire quand arrivée au chapitre IX ‘La vie n’est pas un long fleuve tranquille’, j’ai été interpellée par la réponse à une question que j’ai posé sur le blog récemment :
« les mômes qui ont une enfance sans histoire, plutôt sympa, quasi équilibrée, ne feront-ils rien d’exceptionnel ?? »
Question qui revenait à demander : « Faut-il blinder nos enfants pour les rendre aptes à la ‘vraie vie dure et sans merci’ ? »
La réponse de la psychothérapeute a du sens, en tout cas celui que je soupçonnais. Vous pouvez la lire dans le billet suivant : Isabelle Filliozat – n°1
Je poursuis donc ma lecture avec le sous-chapitre 2 : ‘Les séparations’.
Elle y parle d’un enfant né avec un problème cardiaque et de son père qui refuse de le laisser seul pour la nuit. Il dormira sur le carrelage sous le berceau, déterminé à ne pas capituler devant le personnel de l’hôpital.
A ce moment, les larmes montent à mes yeux. L’émotion est si incontrôlable, subite et irraisonnée que je comprends qu’elle vient tout droit de mon enfance.
Et là je saisis mieux ce que je disais à Miss Démêlage :
« Rester avec le si jeune Petit Ginkgo est important car je ne veux pas que quelqu’un d’indélicat l’abîme. Il n’est pas encore assez armé pour se défendre seul. »
Seule, solitude, sentiment d’abandon, voilà la clef de cette émotion d’enfant qui me submerge. Il ne manquait plus que les mots ‘hôpital’ et ‘personnel médical’ pour que je comprenne que mon expérience du département de chirurgie pédiatrique guide encore quelques choix, 30 à 36 ans plus tard.
J’ai toujours clamé haut et fort que je n’avais aucun mauvais souvenir de l’hôpital.
Et c’est entièrement vrai, à partir du moment où l’amnésie infantile a fait son office, c’est à dire environ aux alentours de 2-3 ans.
J’étais alors capable de gérer consciemment cette situation pour en faire une bonne expérience constructive.
Or, je découvre que mes séjours antérieurs à l’hôpital ont résonné inconsciemment, toutes ces années. Il est vrai que l’adulte que je suis devenue s’est souvent demandée ce qu’avait pu ressentir ce bébé de 5 mois et plus, immobilisée sur un lit d’hôpital, et dont les parents ne pouvaient rester pendant tout le séjour.
Les pauvres faisaient ce qu’ils pouvaient.
Je viens de comprendre pourquoi il était si essentiel d’être moi-même présente, physiquement et à l’écoute, durant les premiers mois de vie de mes garçons. Je l’exprimais déjà avant :
« car je ne veux pas que quelqu’un d’indélicat l’abîme » sans vraiment comprendre la réelle portée de mes propres mots.
Si j’ai trouvé une explication, une justification, cela ne remet absolument pas mes choix en cause.
Ils s’en voient même grandement renforcés.
Miss Démêlage m’avait bien dit que je n’avais pas besoin de psychothérapie.
En effet, les explications de mes propres comportements s’offrent spontanément à moi sans l’aide d’un tiers …
C’est plutôt cool et économique !!!
Vous me croirez si vous voulez mais en connectant les liens de ce post, je viens de m’apercevoir que ces mêmes conclusions avaient déjà été tirées, il y a un mois, dans Théorie de l’irréductible progression ! Décidément, j’ai une mémoire de poisson rouge en ce moment. Peut-être n’avais-je pas complètement intégré ma découverte !
En tout cas, c’est vraiment l’âge de Petit Biloba qui m’inspire …
Si ces expériences hospitalières ont manifestement infligées des fêlures au petit être que j’étais, elles ont aussi été ma chance d’être élevée avec plus de compréhension que mes ainés.
Comme je l’abordais dans le post : LCH – Dépistage de génération en génération, le professeur en chirurgie qui traitait ma luxation congénitale de hanches dans les années 1976-82, m’expliquait par le menu les interventions à grand renfort de dessins, ainsi que les tenants et les aboutissants, alors même que je ne savais pas encore parler.
Cela a sûrement grandement inspiré mes parents qui de cette façon m’ont fait pousser avec bienveillance et paroles.



Je pense que le fait que tu aies eu à subir des séparations de tes parents à cause des hospitalisations a imprimé dans ton cerveau ce
manque et que maintenant, étant maman, tu as la chance de ne pas avoir à te poser la question :
bien, pas bien, nécessaire, pas nécessaire à la « construction » de mes fils………. tu as en toi la réponse puisque tu l’as vécu. et je continue à dire que je suis quasi certaine que tu t’en féliciteras lorsqu’ils seront adultes, mais ça c’est dans bien longtemps!!!!!!!!!!!!!!!!!!
En vrai, je ne me place absolument pas sur une hérédité de la LCH. Simplement sur l’absence qui s’y rapportait. Une absence qui peut revêtir plusieurs formes mais dont le résultat sera le même même si le contexte est différent.
L’idée ici est de préserver avec bienveillance le nouveau né.
Mais en passant, la LCH peut être due à 2 facteurs liés ou non : la posture in utero et la génétique.
Dans la plupart des cas elle se résorbe d’elle-même. Si ce n’est pas le cas, il y a langeage large, harnais pour maintenir les jambes plus ou moins en écart. Mais dans 5 à 10 % des cas la LCH ne se réduit pas seule et il faut avoir recours à la chirurgie. J’étais dans ce cas.
Merci pour tous ces compliments. J’avais envie de partager un cheminement intellectuel au delà du cas précis de la LCH.
Et comment, un livre sur la psychologie infantile peut être salutaire aux enfants mais aussi aux parents qui revivent d’une façon ou d’une autre leur propre enfance face à leur progéniture.
Et ce n’est peut-être pas un mal.
Je n’ai pas de doute sur le bien fondé de ma démarche sinon je ne le ferai pas. Mais je comprends maintenant pourquoi je le fais. Je voulais juste partager cela
Merci pour tous ces compliments.
La LCH si je me souviens bien est due à un accident lors de l’accouchement. Elle est maintenant systématiquement dépistée à la naissance. Mais tu raisonnes trop bien pour que croire que c’est héréditaire soit la seule raison de ta façon d’élever tes garçons. Comme tu dis, tu fais ce que que tu crois devoir faire. Finis, les schémas qu’on reportes sur sa progéniture, tu es au dessus de tout ça. Et sois tranquille tout ce que tu fais est bien. Même si on ne contrôle jamais tout, tu fais plus que le maximum. Et tous nous suivons le fil de ton éducation, de ta parentalité exemplaire.